Primaire à droite : Bruno Le Maire peut-il bouleverser la donne ? – Jean-Daniel Lévy

FIGAROVOX/ENTRETIEN par Eléonore de Vulpillières – Bruno Le Maire s’apprête à déclarer sa candidature à la primaire de la droite et du centre, ce mardi 23 février, à Vesoul. S’il bénéficie d’un socle d’image, il lui reste à émerger dans le paysage politique français, ce qui prend du temps, estime le sondeur Jean-Daniel Lévy.
Jean-Daniel Lévy est sondeur, directeur du département Politique & Opinion d’Harris Interactive. Il a travaillé sur des sujets corporate (image interne et externe des entreprises et des institutions),d’opinion et de politique.

LE FIGARO – Bruno Le Maire s’apprête à déclarer sa candidature à la primaire de la droite et du centre, ce soir, à Vesoul. Le député de l’Eure incarne-t-il, comme il le souligne, le rassemblement de «toutes les droites»?

Jean-Daniel LÉVY – Quand on compare Bruno Le Maire aux autres figures «importantes» membres des Républicains, on constate qu’à 46 ans, il a acquis une forme de légitimité aux yeux des Français. Sa personnalité est appréciée des sympathisants de droite. Rappelons-nous qu’il avait obtenu un score non négligeable (29%) lors de l’élection à la présidence de l’UMP en 2014. Depuis, il a cru en notoriété et en crédibilité et figure en haut des personnalités de droite et du centre préférées des Français et encore plus parmi les sympathisants des Républicains. 56% des proches de cette formation politique affirment ainsi lui accorder leur confiance (dans la hiérarchie, il se situe en quatrième position derrière Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, juste après François Fillon). Il a démissionné de la fonction publique, il tient un discours ferme sur la République, ce qui lui donne une certaine ossature.

En un mot, il bénéficie d’un socle d’image. Il reste maintenant un pas à franchir en ce qui concerne le comportement électoral. Mais en définitive, il y a une appétence à voter pour un Bruno Le Maire qui a réussi à émerger et qui apparaît comme l’un des hommes politiques les plus rassembleurs de sa génération.

Déclarer sa candidature à Vesoul, un signe de prise de distance avec l’élitisme qu’incarne Paris?

D’autres l’ont fait avant lui. Martine Aubry à Lille, François Hollande en Corrèze par exemple dans le cadre de la primaire citoyenne de 2011. Jacques Chirac en 1994 dans La Voix du Nord puis en 2002 à Avignon… En France, l’attente d’une proximité avec les responsables politiques est forte. Une part très importante de la population française reproche aux élus, aux candidats, d’être coupés des réalités. De ne pas avoir d’ancrage local. En prenant la parole depuis «le terrain», le responsable politique donne à voir une volonté de bien incarner cette proximité. Ici cette forme de déclaration ne s’inscrit pas dans un décalage par rapport à l’image que veut donner Bruno Le Maire et s’inscrit dans la continuité des déplacements qu’il a opérés depuis plusieurs mois.

Quelles sont les différences qui le démarquent de ses concurrents à la primaire?

Être un candidat jeune n’entraîne pas mécaniquement un regard positif de la part de la jeunesse. Lorsque l’on regarde l’ensemble de la population française, Bruno Le Maire bénéficie de la confiance de 37% des personnes âgées de 50 ans et plus soit une confiance plus nette que celle exprimée à l’égard de Nicolas Sarkozy (20%) ou encore François Fillon (34%). Politiquement, il se distingue notamment de Nicolas Sarkozy et François Fillon chez les proches de l’UDI (82% de confiance contre respectivement 32% et 67%) et… du Front national: 30% de confiance dans le cadre de notre dernier baromètre face à 20 et 27% pour respectivement l’ancien président de la République et l’ancien premier ministre.

Indépendamment de la primaire, le portrait type d’une personne accueillant favorablement les propos de Bruno Le Maire est ainsi un homme, de plus de 50 ans, de catégorie supérieure, diplômé, avec un niveau de revenu plutôt élevé et, évidemment, proche des Républicains.

Son livre Ne vous résignez pas! paraît le lendemain du lancement de sa campagne. Le livre politique est-il devenu une nécessité pour légitimer une candidature à l’élection présidentielle?

Notre pays s’est construit sur l’écriture. Le livre politique est un classique ; l’idée que le responsable politique a pris le temps de réfléchir par écrit à ce qu’il voulait exprimer rassure. Pour Bruno Le Maire, cela s’imposait, car il avait déjà écrit des ouvrages par le passé. François Mitterrand avait fait paraître Le Coup d’Etat permanent en 1964, juste avant la présidentielle de 1965 qui l’opposa au général de Gaulle, et un livre d’entretiens en 1980 Ici et maintenant, juste avant la présidentielle qu’il a remportée. Jacques Chirac a réussi à lancer sa campagne en 1994 grâce à deux ouvrages, Une nouvelle France et La France pour tous. Nicolas Sarkozy avait publié Libre en 2001, puis Témoignage en 2006, qui avait été un succès de librairie. Tous ces livres politiques n’ont pas eu le même écho, mais ont participé à la «crédibilisation» du candidat.

Quelle est la mythologie personnelle que Le Maire cherche à construire?

Il y a toujours ce besoin de construction du candidat, d’une belle histoire à raconter. La cohérence de Bruno Le Maire, c’est à la fois ce personnage érudit, cultivé, brillant intellectuellement et qui va au contact des Français, cultive une forme de proximité avec ses concitoyens, et mouille la chemise. Reste qu’émerger dans le paysage politique prend du temps.

Lire l’entretien sur le site du Figaro

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