Science et politique, impact de la crise sanitaire

Enquête Harris Interactive pour Pergamon

Enquête réalisée en ligne du 23 au 25 février 2021. Échantillon de 1 037 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).
Les évolutions sont signalées relativement à deux enquêtes réalisées par Harris Interactive :

 

Paris, le 18 mars,

 

Depuis désormais un an, la France apprend à vivre au rythme de la crise sanitaire ; des batailles gagnées ou perdues pour freiner le déploiement du virus ; des adaptations qu’il est sans cesse nécessaire de mettre en place au sein du quotidien. Depuis le début de cette période, deux types d’acteurs ont été particulièrement sollicités pour donner des éclairages sur la situation : les personnalités politiques et les personnalités du corps médical, dont l’expertise, la capacité à informer et à tirer des conclusions efficaces pour résoudre la situation ont été très largement scrutées au fil de l’évolution de la crise. Après une première enquête menée en 2019 sur le rapport entre la science et la vie politique, Pergamon a souhaité réinterroger les Français, après une année d’exposition intense, sur leur perception du rôle que devaient jouer les acteurs politiques et les acteurs scientifiques dans les débats publics et la prise de décision.

 

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QUE RETENIR DE CETTE ENQUÊTE ?

 

La science, toujours source d’espoir pour les Français

 

  • Interrogés en 2019 sur les termes qu’ils associent aux chercheurs et aux scientifiques les Français se concentraient sur la question de la « recherche », et du « progrès » ou des « avancées » permis par la science pour « innover » contre les « maladies ». Aujourd’hui, si ces termes restent associés aux chercheurs et scientifiques, le regard des Français les place bien davantage dans l’action, et l’action orientée vers un but : « trouver » un « vaccin » à la « Covid-19 ».

 

  • Au regard de ces représentations et en dépit d’une crise sanitaire qui s’étend en longueur malgré de nombreux efforts collectifs, les Français affichent une confiance toujours massive dans la science (87%, malgré une légère baisse, -4 points) ; et la considèrent très largement comme une source d’espoir (88%, -3 points).

 

 

Dans un contexte pandémique, la science et les scientifiques au cœur de l’information

 

  • Dans l’ensemble, les Français se déclarent bien informés à l’égard de la Covid-19 (71%), quoique le niveau d’information ressenti reste relatif (seuls 17% se déclarent très bien informés). Dans le détail, on note que deux niveaux principaux sont bien appréhendés : les mesures gouvernementales (les mesures de restriction en France, 81% ; la stratégie vaccinale française, 61%) ; et l’information médicale (fonctionnement du virus, 72% ; fonctionnement du vaccin, 59%), les questions relatives au vaccin, plus récentes, étant un peu moins bien assimilées. Point particulier de doute pour les Français : la majorité d’entre eux (62%) se sent aujourd’hui mal informée sur l’origine de la pandémie, un sujet pour lequel ils pointent du doigt l’absence d’une information fiable.

 

  • A l’égard de l’information sur la pandémie, deux relais sont particulièrement perçus comme des canaux fiables : la presse scientifique (70%) et les sites institutionnels publics (santé.fr, ameli.fr, etc., 67%), soulignant le poids, à la fois de la parole scientifique et de la parole institutionnelle. Dans une moindre mesure, les canaux traditionnels (radio, 58% ; presse régionale, 55% ; presse nationale, 55% ; et télévision, 51%), apparaissent comme digne de confiance dans l’information qu’ils fournissent au public. Les canaux que l’on peut considérer comme alternatifs (programmes de télévision étrangers, 38% ; plateformes de diffusion de vidéos en ligne, 25% ; bouche-à-oreille, 23% ou réseaux sociaux, 21%) n’obtiennent la confiance que d’une minorité – toutefois non négligeable – de Français, avec des divergences générationnelles très marquées. Peu convaincants pour les Français de 50 ans et plus, ces canaux créent nettement plus de confiance chez les Français plus jeunes, et a fortiori chez les Français de moins de 35 ans (programmes de télévision étrangers, 46% de confiance ; plateformes de diffusion de vidéos en ligne, 41% ; bouche-à-oreille, 36% ou réseaux sociaux, 35%).

 

  • Malgré ces écarts de perception générationnels, les Français restent ainsi plutôt traditionnels dans les canaux à qui ils font confiance pour s’informer, mettant surtout en avant le rôle des experts scientifiques et des institutions. Qu’en est-il lorsque l’on interroge plus dans le détail les types de personnalités qui sont amenées à diffuser de l’information sur la Covid-19 ? Très nettement, les scientifiques et soignants sont identifiés comme la source de confiance principale pour les Français, qu’il s’agisse du médecin traitant (84%), des médecins des CHU et hôpitaux (84%), des médecins spécialistes (82%), des chercheurs universitaires (77%) voire même des chercheurs travaillant au sein des laboratoires pharmaceutiques (68%). Ces experts médicaux sont perçus comme ceux pouvant le plus apporter aux Français une information fiable. Et sur ce plan, alors même que les institutions sont mises en valeur comme des canaux de confiance, les personnalités politiques, elles, sont davantage mises en doute. Si les élus locaux conservent la confiance d’une courte majorité (55%), l’exécutif (48%) ou les parlementaires (36%) n’apparaissent qu’en bas de tableau des acteurs que les Français considèrent comme des interlocuteurs fiables.

 

 

Des scientifiques encouragés à informer, mais également à prendre position

 

  • Perçus comme les principaux relais d’une information contrôlée et en qui l’on peut avoir confiance sur la question de l’information sur la Covid-19, les Français attribuent aux scientifiques un rôle d’utilité publique dans la gestion de la crise sanitaire par la France. 79% indique que leur implication dans la sphère publique et les médias a permis aux Français de mieux appréhender et comprendre la situation, et 76% indiquent que cela leur a même permis de mieux accepter les mesures sanitaires mises en place par le Gouvernement.

 

  • Mais le rôle entrevu par les Français dépasse largement celui de la simple information. Dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, ils estiment pour une nette majorité que l’implication publique des scientifiques a permis au Gouvernement de prendre les bonnes décisions et les bonnes mesures à appliquer (75%). Un rôle qui dépasse ainsi l’information pour devenir du conseil et de la recommandation, et que les Français imaginent en réalité être celui du scientifique aujourd’hui. 54% des Français estiment que les scientifiques doivent prendre part aux débats et donner leurs recommandations sur les meilleures politiques publiques à mettre en place (contre 42% qui estiment que les scientifiques doivent seulement informer, sans donner de recommandations ou s’impliquer).

 

  • Cet encouragement des Français à la prise de position publique de la part des scientifiques est confirmée à deux niveaux. D’une part, 45% estiment aujourd’hui que les scientifiques n’ont pas été suffisamment écoutés par les politiques durant la crise, (+4 points par rapport à une mesure effectuée à l’été 2020), contre 21% seulement estimant qu’ils l’ont trop été (-5 points). D’autre part, lorsque l’on examine l’impact des différentes personnalités scientifiques et politiques (Olivier Véran, Jean Castex, Martin Hirsch, Patrick Pelloux, Karine Lacombe, etc.) qui se sont présentées sur les plateaux pour informer les Français sur la Covid-19 : on note qu’au-delà des divergences de notoriété, toutes se voient accorder des degrés de confiance similaire dans leur capacité à prendre de bonnes décisions pour la gestion de la crise sanitaire en France.

 

 

Mais un rôle opérationnel limité des scientifiques, notamment face à la crise sanitaire

 

 

  • Les scientifiques seraient-ils ainsi en passe de devenir les acteurs de référence en France, sur le plan de l’information mais également celui de la prise de décision ? Ce n’est pas tout à fait sûr, et ce d’abord, parce qu’en dépit de la très large confiance qui est accordée à la science et aux scientifiques, la gestion opérationnelle sur le plan médical de la crise reste insatisfaisante pour les Français. 66% estiment que les scientifiques n’ont pas suffisamment su anticiper la montée du coronavirus dans le monde, 61% qu’ils ne l’ont pas bien estimée en France, une mesure relativement stable depuis l’été et l’apparition des deuxièmes et troisièmes vagues de contamination.

 

  • Surtout, et c’est la mesure qui contraste le plus avec celle effectuée à l’été, lors de l’accalmie de la situation en France, les Français sont 45% (+16 points) à estimer que les scientifiques n’ont pas su tirer les enseignements de la première vague, pour éviter que celui-ci ne se propage à nouveau à l’avenir.

 

  • S’ils sont également attendus en tant que relais d’information fiable pour le public et de conseil auprès du Gouvernement, les Français restent également critiques à l’égard de la clarté des messages de la part des scientifiques, qui, au long de la crise, n’a pas toujours été évidente (prises de positions débattues sur les plateaux entre médecins sur les plateaux, études contradictoires, etc.). 54% des Français estiment ainsi que les scientifiques n’ont pas toujours été clairs, et 42% leur reprochent même une présence trop importante dans les médias (+3 points).

 

Avec la pandémie, une séparation plus nette dans la responsabilité des prises de décision ?

 

  • Qu’attendent ainsi les Français, qui dévaluent la prise de parole des politiques à l’égard de la qualité de l’information et qui souhaitent plus de prises de position des scientifiques dans le débat, tout en leur reprochant un discours non uniforme, et un manque d’efficacité opérationnelle ?

 

  • Interrogés en 2019, 48% des Français jugeaient que, pour répondre efficacement aux enjeux de santé, les politiques devraient suivre exactement les recommandations des scientifiques, 48% estimant qu’ils devaient seulement s’en inspirer pour prendre leurs décisions et seuls 3% estimaient que les recommandations scientifiques ne devaient pas être prises en compte. Cet équilibre s’est aujourd’hui complètement renversé en ce qui concerne les enjeux de gouvernance. Seuls 27% continuent à penser que les politiques devraient suivre exactement les recommandations des scientifiques, 70% estimant qu’ils doivent prendre en compte leurs recommandations et rester maîtres de leurs propres décisions à l’égard des mesures à mettre en place.

 

  • Ainsi, la crise sanitaire a mis en avant les scientifiques et les a placés dans une position privilégiée par rapport à la gouvernance publique. Mais elle a aussi remis en lumière le rôle unique du politique dans la responsabilité à l’égard de la prise de décision et la mise en œuvre de politiques publiques. Les scientifiques sont attendus dans une position de conseil, mais la décision, les Français le soutiennent, est elle du registre du politique.

 

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