La France est-elle ‘woke’

Enquête Harris Interactive pour Institut du dialogue civil

Enquête réalisée par Harris Interactive en ligne du 10 au 12 août 2021. Échantillon de 1 097 personnes représentatif de la population française âgées de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région de l’interviewé(e).

 

Paris, le 18 septembre,

 

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La France est aujourd’hui traversée par de nombreux débats sur la justice sociale et les inégalités, interrogeant la place accordée à différentes populations dans la société. Issu du monde anglo-saxon, le terme « woke » est désormais utilisé largement dans le débat politique français, par certains pour appeler à une prise de conscience collective et individuelle à l’égard des inégalités, par d’autres pour dénoncer des pratiques abusives de « cancel culture » dans la lutte revendiquée contre ces inégalités. Organisme qui réalise des veilles et des formations sur les nouvelles formes d’activisme et de contestation pour les entreprises, l’Institut du dialogue civil a sollicité Harris Interactive afin d’objectiver les représentations du grand public à ce sujet, pour identifier jusqu’où les Français se déclarent prêts à aller dans la lutte contre différentes inégalités. En abordant leur comportement sous trois facettes complémentaires des individus : comme consommateurs, dans le monde du travail et en tant que citoyens.

 

Que retenir de cette étude ?

 

En tant que consommateurs, une influence directe du pays d’origine et de l’impact environnemental, mais limitée concernant la place accordée par les entreprises aux femmes et aux minorités

Lors de l’achat d’un produit, différents traits d’image de l’entreprise qui commercialise ce bien jouent un rôle dans le choix des Français. Le pays d’origine (74%) et l’impact sur l’environnement (72%) constituent aujourd’hui – affirment-ils – des critères de choix majeurs des consommateurs, sans pour autant atteindre les niveaux obtenus pour des critères plus traditionnels, tels que la qualité du produit (90%), son prix (84%) ou encore l’impact qu’il pourrait avoir sur leur santé (84%). En revanche, l’image de l’entreprise en matière de justice sociale reste un critère de choix relativement secondaire pour les Français. Ainsi, 46% d’entre eux jugent la place accordée par l’entreprise aux femmes comme un critère prioritaire, 40% pour la place accordée selon l’origine des personnes, 38% selon leur identité sexuelle et 36% selon leur religion.

On observe au sein de la population française un clivage générationnel. Les seniors priorisent très clairement les choix « traditionnels » (qualité : 97% ; prix : 88%), tandis que les jeunes se déclarent plus sensibles que la moyenne aux critères liés à la justice sociale (place des femmes, selon l’origine, l’identité sexuelle ou la religion), même s’ils restent très partagés sur ces sujets : environ 55% les qualifiant de prioritaire.

 

Environ un quart des Français déclarent accorder plus d’importance aujourd’hui qu’il y a quelques années aux enjeux de justice sociale. En effet, 27% des Français déclarent accorder plus d’importance aujourd’hui à la place accordée par l’entreprise aux femmes, 22% pour celle accordée selon l’origine ethnique des personnes tout comme celle accordée selon leur identité sexuelle et 21% selon leur religion. Une progression de la sensibilité qui s’observe aussi en fonction de l’âge des Français. Par rapport à il y a quelques années, la sensibilité aux enjeux de justice sociale dans la consommation a progressé chez environ un tiers des jeunes.

 

Dans le monde du travail, une jeune génération qui attribue un poids inédit à l’image de l’entreprise dans sa prise en compte des femmes et des minorités

Au moment de choisir une nouvelle entreprise, les actifs prioriseraient d’abord des critères de choix individuels, avant ceux de justice sociale. En effet, les actifs évoquent comme principaux critères de choix le niveau de rémunération (85%) et l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle (84%), même si l’impact environnemental (71%) ou encore l’utilité sociale (75%) constituent aussi des leviers notables. Les critères relatifs à la justice sociale sont mis en avant par une courte majorité des actifs et davantage encore parmi les jeunes. En effet, chez les jeunes générations, ces critères de justice sociale occupent une importance comparable aux critères individuels (environ 70% prioritaire), tandis que les actifs plus âgés y accordent nettement moins d’importance (moins de 40%), sauf pour la place des femmes (66% au total, 73% parmi les femmes actives et 63% parmi les seniors).

 

Les Français expriment des attentes fortes à l’égard des entreprises pour qu’elles prennent mieux en compte les enjeux liés à l’environnement (90%, dont 62% de « oui, ce devrait être un objectif tout à fait prioritaire »). Et les Français estiment également prioritaire que les entreprises prennent des mesures pour augmenter la place des femmes dans les postes à responsabilité (85%) ou pour adapter aux femmes le fonctionnement des entreprises afin de mieux répondre à leurs attentes (78%). Les Français se montrent plus partagés lorsqu’il s’agit de tenir compte des attentes des personnes selon leur identité sexuelle (57%), selon leur origine ethnique (55%) et a fortiori selon leur religion (49%). Les seniors priorisent nettement l’environnement (93%) et la place des femmes (84%) sur l’identité sexuelle (39%), l’origine (34%) et la religion (28%). Alors que les jeunes placent ces différents objectifs à un niveau similaire, proche à chaque fois de 80% de réponses « prioritaire ».

 

En tant que citoyens, toutes les causes ne suscitent pas la même adhésion de principe et les jeunes se déclarent prêts à aller beaucoup plus loin que leurs aînés

Si certaines causes sociétales suscitent aujourd’hui un relatif consensus dans la société française, d’autres constituent des sujets plus clivants. En effet, les Français déclarent soutenir quasi-unanimement certaines causes : davantage protéger l’environnement (89%), réduire les inégalités sociales (86%), augmenter la place des femmes (84%) et mieux prendre en compte le bien-être des animaux (84%). En revanche, les Français se montrent plus partagés à l’idée de mieux répondre aux attentes des personnes en fonction de leur identité sexuelle (62%), de leur origine (59%) et de leur religion (50%). Sur chacune de ces causes, entre un tiers et la moitié des Français déclarent s’y opposer. Dans le détail, un clivage générationnel net apparait sur ces sujets : la meilleure prise en compte de l’identité sexuelle (80% auprès des moins de 35 ans vs. 47% auprès des 50 ans et plus), de l’origine (80% vs. 41%) et de la religion (78% vs. 29%) suscitent des divergences entre les jeunes d’une part, qui soutiennent ces causes au même titre que les autres et les seniors d’autre part, dont seule une minorité les soutient. Enfin, un second clivage s’observe selon la proximité politique des Français. Les personnes qui se déclarent proches des formations politiques de gauche (LFI, PS, EELV) mais aussi de LREM soutiennent davantage l’ensemble de ces causes, tandis que les sympathisants LR constituent le socle le plus réticent à la prise en compte de l’identité sexuelle, de l’origine et de la religion.

 

Pour défendre une cause, toutes les actions ne sont pas légitimes aux yeux du grand public dans son ensemble. En effet, les Français peuvent envisager ou a minima comprendre différents types d’action pour défense une cause : le boycott (53% peuvent l’envisager), les avis négatifs sur Internet (39%), le relais sur les réseaux sociaux (35%) ou les manifestations (27%). À chaque fois, moins de 3 Français sur 10 affirment qu’ils ne peuvent pas comprendre ce mode d’expression. En revanche, ils se déclarent moins prêts et moins compréhensifs concernant l’occupation de force d’une entreprise (82% qui ne peuvent l’envisager, 45% qui ne le comprennent pas) ou la dégradation directe que ce soient des panneaux publicitaires (83%, dont 49% qui ne le comprennent pas) et des produits vendus par l’entreprise (84%, dont 57% qui ne le comprennent pas).

Notons que si les seniors sont une majorité à pouvoir envisager un boycott (57%), ce sont les jeunes qui se déclarent les plus prêts à agir sur toutes les autres modalités d’actions : un tiers d’entre eux environ se déclarent prêt à occuper de force une entreprise (32%), à dégrader des panneaux publicitaires (31%) et même à dégrader directement les produits d’une entreprise (31%). Sur un plan politique, envisager différentes actions est davantage partagé que la moyenne par les sympathisants LFI, et nettement moins par les sympathisants LR, qui se montrent particulièrement réticents.

Une entreprise doit-elle faire attention à ne froisser personne quand elle s’exprime ? Aux yeux des Français, la question se pose

Lorsqu’elle s’exprime publiquement, une entreprise doit-elle prendre soin de ne vexer personne ? Les deux-tiers des Français penchent en faveur de la prudence dès lors que l’on touche à l’apparence physique (66%), à l’origine sociale (63%) ou à l’identité sexuelle (63%). Dans une moindre mesure, une courte majorité de Français jugent que toute entreprise doit se montrer prévenante pour ne pas choquer un sexe en particulier (61%), ni les habitants d’une région (61%), ni les représentants d’une certaine génération (60%), ni les représentants d’une religion spécifique (56%). Néanmoins, ces réponses sont très partagées concernant la prise en compte des sensibilités politiques (50%). Notons que les jeunes adhèrent davantage que leurs ainés à l’idée qu’une entreprise doit faire attention dans sa communication à ne choquer personne. Alors que les sympathisants RN se montrent moins convaincus que les entreprises doivent faire attention à ne pas choquer des personnes selon leur milieu social, leur identité sexuelle ou leur genre.

 

 

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