L’Observatoire de la Génération Numérique

Etude Harris Interactive pour la Webschool Factory et la Fondation Coca-Cola

Paris, le 14 mars 2014 – « Génération perdue », « génération sacrifiée », « génération précaire », « génération désenchantée »… Autant de termes qui dressent selon les observateurs le portrait de jeunes Français confrontés à de nombreuses difficultés et interrogations. Si la jeunesse constitue par définition une période de recherche, d’expérimentation et de maturation, les jeunes de 15 à 29 ans souffrent aujourd’hui de difficultés que n’ont pas connues leurs aînés, notamment en termes d’insertion professionnelle. Ainsi, le taux de chômage chez les jeunes atteint aujourd’hui près de 23% dans l’Hexagone.

Mais cette génération n’est pas seulement déterminée par ce fort taux de chômage. Elle est également caractérisée par son usage massif et sa maîtrise importante du numérique. Génération hyper connectée, elle a adopté dans son mode de vie les nouvelles technologies et les médias sociaux. Or, le numérique aujourd’hui en plein développement, est susceptible de créer de nombreux emplois et d’ouvrir de multiples opportunités aux jeunes Français. En effet, avec 350.000 à 450.000 emplois potentiels au cours des trois prochaines années selon le cabinet McKinsey, le numérique irradie l’ensemble de l’économie française.

Cet Observatoire de la Génération Numérique, réalisé par Harris Interactive à la demande de la Webschool Factory et de la Fondation Coca-Cola, se veut le reflet de l’état d’esprit de cette génération numérique, de ses difficultés et de ses ressources, de ses craintes et de ses espoirs. Plus précisément, cette enquête a vocation à :

  • Mesurer le moral des jeunes et identifier le regard qu’ils portent sur leur avenir ;
  • Appréhender leur perception des apports actuels et potentiels du numérique dans leur formation et leur attirance envers des initiatives telles que l’e-learning ou les MOOC ;
  • Évaluer leur envie d’entreprendre, et dans quels secteurs, comprendre dans quelle mesure les entrepreneurs du numérique constituent ou non des figures aspirationnelles ;
  • Cerner les freins et les leviers qu’ils perçoivent à leur réalisation professionnelle ;
  • Enfin, déterminer dans quelle mesure les jeunes peuvent aujourd’hui surprendre au sein de la société française.

Principaux enseignements

  • Pierre Bourdieu affirma que « la jeunesse n’est qu’un mot ». Cette enquête le confirme. Et si, par commodité de langage, nous parlerons parfois des « jeunes », les disparités générationnelles et sociales ne peuvent être gommées de l’analyse. Ce sont en effet différentes catégories de population (sept précisément) que nous avons pu identifier, aux vécus et représentations différents. Dans une enquête réalisée récemment par Harris Interactive pour l’émission « Place aux idées »1, les personnes âgées de moins de 30 ans déclaraient d’ailleurs avoir le sentiment que tous les jeunes ne sont pas égaux entre eux, particulièrement en matière d’accès à l’emploi ou au logement.
  • Des jeunes anxieux et incertains mais pas défaitistes : Les jeunes Français se définissent principalement comme positifs (38%) mais aussi anxieux (37%) et interrogatifs (34%). Face à l’avenir, quatre sur dix indiquent être incertains, quand un tiers se sent confiant, voire enthousiaste, les autres faisant part de leur inquiétude, et, dans une moindre mesure, de leur désespoir. Si des différences sont observables selon le sexe, l’âge ou la situation professionnelle des répondants, la Génération Numérique apparaît donc en général assez fortement angoissée, sans pour autant avoir abandonné toute perspective.
  • Des jeunes qui se voient plus volontiers patron ou manager que rentier ou star de la téléréalité :Invités à se projeter dans plusieurs avenirs potentiels, les jeunes de 15 à 29 ans se montrent majoritairement attirés par la perspective de devenir leur propre patron (73%), de diriger une équipe (63%) ou de déposer un brevet (61%), mais seule une minorité voudrait être artiste, rentier ou star de la téléréalité. Leur portrait professionnel idéal dessine un jeune en entreprise ou à son compte, habillé de manière « casual », évoluant avec son ordinateur portable ou sa tablette, dans les secteurs de la culture, de la santé, de la communication ou encore du numérique.
  • Plus de 1 jeune sur 2 indique avoir un projet pour créer son emploi ou une entreprise : Plus d’un jeune sur deux (52%) indique avoir un projet entrepreneurial, même si moins d’un sur dix (7%) déclare avoir déjà franchi le pas. De même, 48% déclarent avoir un projet associatif ou personnel, autour d’une cause ou d’une passion. S’ils disposaient d’une importante somme d’argent, les jeunes Français imaginent qu’ils créeraient avant tout une entreprise ou une association tournée vers les plus démunis, d’autres jeunes ou les animaux, quand nombreux en profiteraient pour monter un commerce ou une restaurant, ou encore une entreprise informatique. Parmi les personnalités du digital, les créateurs de jeux vidéos comme Christophe Balestra (28%) devancent légèrement les géants du secteur comme Mark Zuckerberg (26%) et les entrepreneurs français à l’image de Xavier Niel (24%) comme personnalités aspirationnelles.
  • Des jeunes pas convaincus par la place actuelle du numérique dans le système secondaire et universitaire, et qui déclarent avoir appris par le biais d’Internet, mais relativement peu susceptibles de recourir à des initiatives de formation faisant appel au numérique : Les jeunes Français indiquent avoir appris ou apprendre en discutant avec leur entourage, en allant à l’école et en lisant des livres mais aussi en consultant des sites Internet, des forums et des blogs. En effet, ils désignent autant les sites Internet d’information comme sources d’apprentissage que les livres et journaux (respectivement 83% et 82%). Une majorité d’entre eux estime que le lycée et l’enseignement supérieur ne forment pas suffisamment les lycéens et étudiants au numérique (54%) et qu’ils ne forment pas suffisamment les lycéens et étudiants grâce au numérique, c’est-à-dire ne tirent pas suffisamment parti du numérique pour faire évoluer la pédagogie (61%). Ils se montrent pourtant relativement peu au fait et moyennement attirés par des initiatives de formation qui font appel au numérique. Si 53% déclarent par exemple avoir entendu parler des MOOC (Massive Open Online Courses), seuls 21% envisagent d’y avoir recours.
  • La maîtrise du numérique, source de nombreuses compétences mais aussi d’effets pervers : Le recours au numérique est susceptible selon les jeunes d’accroître différentes compétences susceptibles d’être recherchées dans le cadre professionnel : innovation (74%), adaptation (68%), relationnel (60%), management (55%), communication (45%)… Toutefois, les jeunes estiment également que le numérique peut avoir une influence plus néfaste sur les jeunes, les rendant moins patients (89%), moins bons en orthographe (87%) ou encore moins concentrés (77%). Au moment d’entrer sur le marché du travail, le fait de maîtriser les outils numériques (92%) leur semble un avantage aussi important que de savoir parler une ou plusieurs étrangères (90%).
  • Des jeunes motivés par l’argent, qui craignent d’en manquer pour monter leurs projets et qui regrettent le manque de confiance envers les jeunes : Ces derniers désignent comme principales motivations, dans la vie professionnelle, l’argent (48%) et le goût du travail bien fait (44%) devant l’ambition, la curiosité ou l’utilité sociale. Dans leur vie professionnelle, ils craignent surtout d’être freinés par le manque de confiance envers les jeunes (56%), l’élitisme (36%) ou le poids trop important des diplômes (28%), mais aussi la peur d’échouer (42%) ou de prendre des responsabilités (22%). Les difficultés identifiées lorsque l’on souhaite, en tant que jeune, monter un projet sont avant tout financières mais aussi relationnelles : difficulté à convaincre sans expérience, manque de réseau… C’est pourquoi il leur apparait surtout indispensable de parvenir à bénéficier d’aides spécifiques, mais également de profiter d’un système de mentorat.
  • Des jeunes prêts à faire de nombreux efforts comme apprendre un langage informatique mais pas prêts à partir sur Mars : Pour trouver un emploi ou progresser dans le monde du travail, les jeunes se déclarent en grande majorité prêts à apprendre une nouvelle langue étrangère (82%), mais également à apprendre un langage informatique (72%) ou encore à déménager en France ou à l’étranger, créer leur propre emploi ou suivre des cours du soir. Face à des scénarii de « science-fiction », constatons que les jeunes Français sont prêts à se montrer courageux mais pas téméraires, se montrant majoritairement réticents à l’idée de se faire greffer une puce dans le corps, manger un repas imprimé en 3D ou à partir sur Mars sans possibilité de retour.
  • Si l’on effectue une typologie des jeunes de la Génération Numérique à partir des réponses aux différentes questions de l’enquête, on parvient aux types suivants :
    • Les « épanouis tournés vers l’étrangers » (22%) ;
    • Les « altruistes terre-à-terre » (19%) ;
    • Les « ambitieux tentés par l’entrepreneuriat » (16%) ;
    • Les « insérés indifférents » (14%) ;
    • Les « optimistes prêts aux défis » (13%) ;
    • Les « révoltés pessimistes » (10%) ;
    • Les « rêveurs matérialistes » (6%).

 

1Enquête réalisée en ligne du 14 au 17 février 2014. Échantillon de 1 766 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

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