Le rapport des Français à leur commune et à leur maire

Le rapport des Français à leur commune et à leur maire :

Existe-t-il encore une singularité de cet échelon territorial et des élections municipales ?

Enquête réalisée en ligne du 20 au 27 février et du 6 au 13 mars 2013. Echantillon de 1382 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus et vivant dans des communes de 3 500 habitants et plus (taille à partir de laquelle les conseillers municipaux sont élus au scrutin de liste à deux tours).

Paris, le 17 avril 2013 – A un an des prochaines élections municipales, Harris Interactive a souhaité dresser un état des lieux du rapport que les Français résidant dans une commune d’au moins 3500 habitants1 entretiennent avec leur commune et leurs représentants municipaux, en premier lieu desquels le maire, et également mesurer le rapport de forces actuel dans l’optique du premier tour de cette échéance électorale. L’enquête réalisée amène à s’interroger sur la spécificité de cet échelon territorial et des prochaines élections : le territoire communal demeure-t-il relativement préservé des vicissitudes nationales, et de la prégnance de l’enjeu financier ? Le maire, premier élu de proximité, bénéficie-t-il encore d’une image positive liée à sa capacité à incarner l’action au plus proche des concitoyens ? Les élections municipales conservent-elles un statut singulier, les distinguant non seulement de l’élection présidentielle mais également de l’ensemble des autres élections qualifiées d’ « intermédiaires » ? Ou assiste-t-on de plus en plus à une convergence des prismes de lecture locaux et nationaux ?

 

Que retenir principalement de cette enquête ?

 

  • Les Français vivant dans les communes de 3500 habitants et plus se montrent attachés à cet échelon territorial de proximité qu’est leur commune (76%). Ils ont généralement une bonne opinion de leur Maire (64%) et lui font majoritairement confiance pour prendre de bonnes décisions (61% selon une enquête Harris Interactive pour Res publica). Cependant, les Maires ne sont pas épargnés par la défiance de plus en plus prononcée des Français à l’égard des élus, comme tend à le démontrer l’abstention croissante aux élections municipales depuis 1983. En outre, seuls 43% des administrés considèrent que leur Maire est proche de leurs considérations, signe que le sentiment d’éloignement croissant entre les Français et leurs élus touche également le premier d’entre eux au niveau des territoires.
  • Les Maires actuellement en activité jouissent donc en général d’un fort taux de notoriété et d’une assez bonne opinion, se traduisant par un fort taux de réélection. Par conséquent, le bilan du Maire sortant constitue un critère important du vote pour 83% des électeurs potentiels. Mais cette « prime aux sortants » est confrontée à un fort désir de renouvellement et de diversification du corps politique (femmes, jeunes, membres de la société civile…), particulièrement marqué dans le contexte de multiplication des affaires impliquant des responsables politiques.
  • Si les Français indiquent que les enjeux locaux détermineront davantage leur vote que les enjeux nationaux (90% contre 62%), il n’en demeure pas moins que la situation nationale pèsera sur l’élection. Près d’un Français sur deux déclare d’ailleurs que son vote en mars prochain aura vocation à adresser un message à l’exécutif, principalement pour exprimer son mécontentement (35%). Et ce d’autant plus que les Français, qui avaient tendance auparavant à faire nettement la différence entre la situation du pays – jugée difficile – et la situation locale ou leur situation personnelle – jugées davantage préservées -, n’établissent plus aujourd’hui que des modulations ténues. On observe en effet une forme de convergence, le pessimisme existant à l’échelle nationale ayant tendance à « contaminer » de plus en plus le local (30% anticipant une dégradation de la vie dans leur commune et 40% un statu quo), ceci étant particulièrement vrai pour la frange de la population se sentant proche du Front National.
  • Ce croisement des perspectives locales et nationales s’observe également dans la détermination des enjeux prioritaires pour les prochaines élections municipales. On se souvient que la lutte contre la dette et les déficits publics constituait la deuxième thématique ayant le plus pesé sur le vote des électeurs lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2012. On voit dans cette enquête très clairement émerger la gestion des dépenses publiques et des impôts locaux comme des priorités pour les équipes municipales (86% et 85%).
  • Si la bonne gestion est de plus en plus considérée comme une condition nécessaire de l’action, il n’en demeure pas moins que les initiatives à mettre en œuvre diffèrent en fonction de la proximité politique des répondants. Ainsi, les sympathisants de Gauche, plus satisfaits en moyenne, accordent une importance notable aux services en direction des familles ainsi qu’en direction des personnes en difficulté. Les sympathisants de Droite se montrent particulièrement exigeants et critiques sur la question de la sécurité, qui constitue la première des priorités à leurs yeux. Les sympathisants du Front National font figurer également en bonne place les dépenses de la municipalité et les impôts locaux parmi les priorités affectées aux communes, mais présentent des attentes spécifiques portées par les leaders frontistes : la sécurité, comme pour la Droite traditionnelle, mais aussi la « défense des petits », à travers le caractère prioritaire attribué à la participation des citoyens aux décisions, l’aide au maintien et à l’installation de commerces ou encore le maintien et la qualité des services publics. Exprimant leurs inquiétudes et leurs revendications, y compris à cette échelle communale, les sympathisants frontistes pourraient vouloir de nouveau signifier dans les urnes pour les prochaines élections leur sentiment d’être abandonnés par une classe politique de plus en plus éloignée de ces préoccupations quotidiennes très ancrées dans les territoires.
  • Harris Interactive a d’ailleurs réalisé dans le cadre de cette enquête une première intention de vote pour le 1er tour des élections municipales de 2014 dans les communes de 3500 habitants et plus. Cette intention de vote est bien entendu à prendre avec de multiples précautions car, à près d’un an de l’échéance, les candidats ne sont pas encore déclarés et les configurations ou alliances locales non connues. Elle a pour mérite d’autoriser un premier regard sur le rapport de forces politique au niveau national et d’observer des évolutions potentielles. Ces réserves présentes à l’esprit, on observe une baisse significative des intentions de vote en faveur de la Gauche par rapport aux résultats réels de 2001 et 2008 (39% contre respectivement 45% et 47%). Certes, les sympathisants de Gauche sont parmi les plus nombreux à insister sur l’importance des enjeux locaux et du bilan, mais ils semblent (comme à l’occasion des dernières élections législatives partielles) percevoir peu de raisons de se mobiliser en faveur de la Gauche. De l’autre côté de l’échiquier politique, la Droite obtient autant de suffrages que la Gauche, avec 40% d’intentions de vote, contre 47% de suffrages exprimés en 2001 et 44% en 2008. Si cela correspond également à une baisse par rapport aux dernières élections municipales, la prédominance de l’UMP au sein de la Droite n’est en revanche pas remise en cause (82% des électeurs de Nicolas Sarkozy confiant leur volonté de voter pour un candidat UMP, soit le taux de report le plus important constaté). Si Gauche et Droite voient leur socle électoral diminuer, le Front National semble en revanche tirer parti de l’insatisfaction croissante qui atteint le cœur des territoires. En effet, le parti de Marine Le Pen recueille aujourd’hui 10% des intentions de vote (contre seulement 1% obtenu en 2008). Si ce score est sans doute majoré et sera conditionné par le nombre de candidats que le parti sera capable de présenter dans les communes, il traduit l’attrait qu’exerce cette formation politique, y compris à ce niveau de proximité.

 

A un an des élections municipales de 2014, l’observation des mouvements d’opinion à l’échelle municipale tend à un rapprochement entre lecture locale et lecture nationale. En effet, aussi bien le regard à l’égard des élus que les préoccupations et motivations de vote convergent tendanciellement. Cette analyse conforte le scénario d’une pénalisation de la majorité en place, le peuple de Gauche semblant trouver peu de ressort à l’expression massive d’un vote en faveur de la Gauche à l’échelle municipale. A l’inverse, le peuple de Droite semble plus enclin et déterminé à « sanctionner » le pouvoir en place, quand les sympathisants du Front National, de plus en plus nombreux, ne semblent plus envisager au premier tour le vote FN comme un simple outil de sanction au niveau national, mais comme un véritable désir de changement et de prise en compte des « petits » au plus proche des citoyens.

 

1 Communes qui, jusqu’à présent connaissaient un mode de scrutin par liste à deux tours sans panachage.

 

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