La réussite dans le système éducatif selon les Français

Les Français ont-ils le sentiment que le système éducatif français fonctionne bien ou mal ? Assure-t-il selon eux la réussite de tous les élèves ? Et comment pourrait-il mieux y parvenir ?

Enquête réalisée en ligne du 22 au 24 novembre 2016. Échantillon de 1 018 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

Enquête Harris Interactive pour la F.S.U. (Fédération Syndicale Unitaire)

Alors que l’approche de l’élection présidentielle de 2017 va être l’occasion de confronter différents points de vue sur le rôle et le fonctionnement de l’école en France, la Fédération Syndicale Unitaire souhaite prendre la parole pour donner de la visibilité à son projet éducatif.

Dans ce contexte, elle a sollicité Harris Interactive pour réaliser un sondage sur la perception de la réussite dans le système éducatif : comment les Français perçoivent-ils le système éducatif de leur pays ? Sont-ils optimistes ou pessimistes concernant son avenir ? Quels objectifs prioritaires attribuent-ils à l’école ? Quelles solutions leur apparaissent les plus efficaces pour favoriser la réussite de tous les élèves aujourd’hui ?

Que retenir de cette enquête ?

  • Plus de trois quarts des Français (77%) estiment que le système éducatif fonctionne mal aujourd’hui, et la plupart d’entre eux (67%) considèrent que la situation s’est dégradée depuis une dizaine d’années.

    Seule une minorité (15%) se montre optimiste quant à son évolution pour l’avenir.

 

  • Si les Français se montrent aussi critiques envers leur système éducatif, c’est qu’ils manifestent de très nombreuses attentes envers lui.

    Les objectifs prioritaires qui lui sont assignés sont de donner les mêmes chances de réussite à tous (77%), transmettre des connaissances et des savoirs précis (73%), diffuser des valeurs morales (71%) et apprendre des méthodes de travail et d’organisation (70%).

 

  • Au-delà de ces objectifs concrets, les Français estiment que le système éducatif de leur pays doit également transmettre de nombreuses valeurs. Or, ils estiment que la plupart d’entre elles sont aujourd’hui mal mises en œuvre.

    C’est particulièrement le cas pour le respect de l’autorité et la discipline : considérées comme les deux valeurs les plus importantes dans l’absolu (respectivement 68% et 64% les considérant comme « très importantes »), celles-ci sont vues comme particulièrement mal appliquées par le système éducatif français (77% et 75%).

 

  • Alors qu’il s’agit de l’objectif principal attribué à l’école, la grande majorité des Français estiment que le système éducatif actuel n’offre pas les mêmes chances de réussite pour tous (78%) et accentue même les inégalités sociales (57%).

    Selon eux, les actions les plus efficaces pour favoriser la réussite des élèves se résument en trois piliers majeurs : augmenter les moyens humains (réduire le nombre d’élèves par classe, travailler en petits groupes, augmenter le nombre de personnels enseignants et éducatifs…), promouvoir l’apprentissage et la formation professionnelle, et mieux aider les élèves dans leur orientation.

 

  • A noter que les parents d’enfants scolarisés se montrent en général un peu moins critiques que la moyenne des répondants :

    ils sont par exemple un peu moins nombreux à considérer que le système éducatif creuse les inégalités sociales.

 

Dans le détail…

La majorité des Français se montre critique envers le fonctionnement du système éducatif

  • Plus de 3 Français sur 4 (77%) estiment que le système éducatif fonctionne mal aujourd’hui et 67% d’entre eux considèrent même que la situation s’est dégradée dans le temps et que celui-ci fonctionne moins bien qu’il y a une dizaine d’années. Les plus critiques sont les Français les plus âgés (86% des personnes âgées de 65 ans et plus estiment que ce système éducatif fonctionne mal) et les sympathisants de Droite (83%) et du FN (85%).Les personnes de 25-34 ans, celles qui ont un enfant scolarisé dans le primaire et les sympathisants de Gauche se montrent un peu plus indulgents, mais adoptent néanmoins majoritairement une réponse négative dans leur évaluation globale.Dans la même lignée, près de deux tiers des Français (64%) considèrent que les enseignants sont aujourd’hui mal formés avant de commencer à enseigner dans le système éducatif français. C’est particulièrement le cas pour les Français âgés de 35 ans (69%) et plus et les membres des CSP+ (69%).

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  • Lorsqu’on les interroge au préalable sur les sentiments et impressions qui leur viennent à l’esprit à propos du système éducatif, les Français ont majoritairement tendance à évoquer des éléments négatifs, et à pointer les problèmes et manquements majeurs qu’ils identifient dans son fonctionnement.En particulier, beaucoup d’entre eux ont tendance à parler de la baisse générale du niveau et du nivellement par le bas, du manque de moyens et de la démotivation des enseignants ainsi que de la nécessité de mener des réformes.Les Français qui ont le sentiment que le fonctionnement du système éducatif s’est dégradé mettent en avant des réformes passées jugées trop fréquentes et inutiles. En revanche, la minorité de ceux qui estiment que la situation s’est améliorée évoquent des progrès quantitatifs (plus de moyens) et qualitatifs (formation des enseignants, réformes entreprises, qualité de l’enseignement).

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  • Les Français ont également tendance à se montrer sceptiques sur la capacité du système éducatif à améliorer son fonctionnement à l’avenir. Ainsi, seulement 15% d’entre eux anticipent qu’il fonctionnera mieux qu’aujourd’hui d’ici une dizaine d’années, contre 40% qu’il fonctionnera moins bien.

    A noter que 44% estiment qu’il ne fonctionnera ni mieux ni moins bien. Les plus optimistes sont les plus jeunes (31% des personnes de 18-24 ans pensent que le système éducatif fonctionnera mieux à l’avenir), les sympathisants de Gauche et de Droite à des niveaux similaires (respectivement 19% et 21%), et ceux qui ont un enfant aujourd’hui scolarisé au collège (22%), quand les plus pessimistes sont les personnes de 35-49 ans (51% pensent que la situation va se dégrader) et les sympathisants FN (58%).

Les objectifs attribués au système éducatif français : priorité aux mêmes chances de réussite pour tous… mais pas seulement

  • Lorsqu’on interroge les Français sur les finalités qu’ils assignent au système éducatif, observons que la plupart des objectifs testés sont considérés comme prioritaires par la plupart d’entre eux.

    Un niveau d’attentes particulièrement élevé qui peut expliquer en partie pourquoi la majorité se montre aussi critique envers le fonctionnement de l’école. Ainsi, 8 objectifs, parmi les 10 testés, sont considérés comme « tout à fait prioritaires » par une large majorité de Français (à des niveaux allant de 65 à 77%).

    Plus précisément, les objectifs identifiés comme les plus importants sont de « donner à tous les élèves les mêmes chances de réussite » (« tout à fait prioritaire » pour 77% des Français), « apprendre des connaissances et savoirs précis » (73%), « apprendre des valeurs morales » (71%), et « apprendre des méthodes de travail et d’organisation » (70%).

    Même les objectifs arrivant en fin de classement, et donc jugés un peu moins importants que les autres (permettre aux élèves de « s’épanouir pour devenir des adultes heureux » et de « s’émanciper de leur milieu d’origine pour devenir des adultes indépendants ») sont considérés comme prioritaires par environ la moitié des Français interrogés.

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  • Si ces attentes fortes envers le système éducatif français semblent largement partagées, on note néanmoins quelques différences en fonction des catégories de population. Ainsi, de manière générale, les Français âgés de 65 ans et plus manifestent un niveau d’exigence plus élevé que les autres catégories d’âge à l’égard du système éducatif.C’est particulièrement le cas pour la transmission de « connaissances et savoirs précis » et l’apprentissage des « valeurs morales », qui sont les objectifs les plus importants pour cette population (considérés comme « tout à fait prioritaires » par 83% d’entre eux).De même, le niveau d’intensité des attentes varie en fonction des sympathies partisanes.Ainsi, les sympathisants de Gauche accordent une plus grande importance que la moyenne au fait de « donner à tous les élèves les mêmes chances de réussite », permettre aux élèves de « comprendre le monde dans lequel ils vivent », « s’épanouir pour devenir des adultes heureux » et « s’émanciper de leur milieu d’origine pour devenir des adultes indépendants ».Les sympathisants de Droite, quant à eux, accordent relativement plus d’importance à la transmission des connaissances, des méthodes, du respect des valeurs de la République, et à la préparation à l’insertion sur le marché du travail.

Les Français voient un fort écart entre les valeurs que le système éducatif devrait porter selon eux et sa capacité perçue à le faire aujourd’hui

 

  • Une autre explication au jugement critique porté par une majorité de Français sur leur système éducatif est liée à l’écart entre l’importance des valeurs et attitudes qu’il devrait diffuser selon eux, et le fait que la plupart de celles-ci sont considérées comme mal mises en œuvre aujourd’hui.

    Ainsi, quand on les interroge sur une liste de valeurs et attitudes, la presque totalité des Français considère qu’elles doivent avoir une place importante dans leur système éducatif.

    Pour la majorité d’entre eux, la plupart de ces valeurs doivent même avoir « une place très importante ». Les deux valeurs qui suscitent le plus fort niveau d’attente sont « le respect de l’autorité» (68% des Français estiment qu’il doit occuper « une place très importante » dans le système éducatif) et « la discipline » (64%).

    Mais la plupart des autres valeurs testées (tolérance, rigueur, égalité, sens de l’effort…) viennent juste après, avec un niveau de « place très importante » qui s’échelonne entre 50 et 60%. Là encore, on note un niveau d’exigence plus élevé chez les personnes âgées de 65 ans et plus, et des différences entre sympathisants de Gauche (qui accordent une importance plus prononcée que la moyenne aux valeurs de tolérance, égalité, solidarité, esprit critique) et de Droite (qui mettent un peu plus en avant le respect de l’autorité, la discipline, la rigueur, le sens de l’effort).

 

  • Or force est de constater que, pour les Français, la plupart de ces valeurs sont mal mises en œuvre dans le système éducatif actuel.

    Seule la laïcité, considérée comme bien appliquée par près de la moitié des Français (47%), fait figure d’exception. Pour les autres valeurs, le jugement est nettement plus mitigé. C’est particulièrement le cas pour le « respect de l’autorité » et la « discipline ».

    Considérés comme les valeurs les plus importantes que le système éducatif devrait porter, elles sont jugées comme les plus mal mises en œuvre aujourd’hui. Ainsi, 68% des Français estiment que le « respect de l’autorité » devrait occuper une « place très importante » à l’école, mais 77% d’entre eux considèrent que cette valeur est mal appliquée aujourd’hui. Et cet écart entre les attentes et la réalité perçue est à peine moins grand en ce qui concerne la « discipline » (avec respectivement 64% de « place très importante » et 75% de « mauvaise mise en œuvre »).

    De même, la rigueur et le sens de l’effort font partie des valeurs jugées importantes mais les plus mal desservies par le système éducatif aujourd’hui, comme l’illustre le mapping ci-dessous qui croise les deux dimensions.

    A noter que de manière générale, les femmes, les jeunes, les sympathisants de Gauche et les personnes ayant un enfant scolarisé en primaire estiment, un peu plus que la moyenne, que ces valeurs sont bien mises en œuvre aujourd’hui.

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Un système éducatif qui n’offre pas les mêmes chances de réussite pour tous, mais pour lequel les Français entrevoient des solutions possibles

 

  • Critiques à l’égard du système éducatif, la plupart des Français considèrent aussi qu’il n’offre pas les mêmes chances de réussite pour tous les élèves (78%),

    la notion de réussite étant d’abord considérée comme la possibilité pour l’élève de « suivre l’orientation scolaire et professionnelle qu’il souhaite » (par 56% des répondants), puis de « trouver facilement un emploi à l’issue de ses études » (41%).

    De plus, plus de la moitié des individus (57%) estiment que le système éducatif français, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, accentue les inégalités sociales, quand seuls 27% d’entre eux pensent qu’il les réduit, et 15% qu’il n’a pas d’impact sur les inégalités sociales.

 

  • Quelle méthode le système éducatif français doit-il appliquer pour promouvoir la réussite de tous les élèves ? Sur ce débat récurrent, les Français se montrent plutôt partagés.

    Si une légère majorité (53%) se dégage pour l’idée d’« adapter davantage les connaissances, les compétences et la culture en fonction des élèves », 46% des répondants choisissent au contraire de « promouvoir davantage un socle commun de connaissance, de compétences et de culture pour tous les élèves ».

    A noter que les plus jeunes et les Français ayant les revenus les plus faibles se prononcent davantage pour l’adaptation aux besoins de chaque élève, quand les plus âgés et les catégories les plus aisées expriment une préférence pour la promotion du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

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  • Enfin, les Français ont été interrogés dans le cadre de cette enquête sur les actions qui, selon eux, permettraient le mieux de favoriser la réussite de tous les élèves. Ils expriment un jugement plutôt favorable sur la plupart des solutions proposées, mais trois types de mesures se dégagent en particulier. Tout d’abord, ils sont favorables à toutes les solutions qui mettent l’accent sur l’augmentation des moyens humains :

    ainsi, 85% d’entre eux pensent que « réduire le nombre d’élèves dans chaque classe » serait efficace pour favoriser la réussite de tous les élèves, et 48% estiment même que cela serait « très efficace » Son pendant, « augmenter le nombre d’enseignants et personnels éducatifs », est vu comme « efficace » par 75% des répondants et « très efficace » par 40% d’entre eux.

    De même, le fait de « promouvoir le travail en petits effectifs » apparait comme une des solutions potentielles les plus efficaces (90%, dont 45% « très efficace »).

    Deuxième groupe de mesures jugées positivement, celles qui consistent à faciliter l’insertion professionnelle : 90% des Français interrogés estiment ainsi que « promouvoir l’apprentissage » serait « efficace » (et 45% « très efficace »), quand 88% pensent de même pour la promotion de la « formation professionnelle » (43% « très efficace »). Enfin, 90% d’entre eux considèrent qu’il serait également « efficace » de « davantage aider les élèves dans le cadre de leur orientation » (43% « très efficace »).

 

  • Finalement, s’ils sont globalement sévères à l’égard de leur système éducatif, les Français ne semblent pas fatalistes car ils jugent plutôt positivement l’efficacité potentielle de nombreuses mesures.A celles précédemment citées s’ajoutent en effet une batterie de mesures qui apparaissent efficaces aux yeux d’environ trois quarts des répondants :

    la meilleure formation des enseignants à la question des inégalités scolaires, la lutte contre les discriminations dans les établissements scolaires, la facilitation des expérimentations pédagogiques ou encore l’association plus étroite des parents à la scolarité de leurs enfants.

    Notons que 73% des Français pensent qu’il serait efficace pour favoriser la réussite de tous les élèves de donner plus d’autonomie aux établissements et 65% de renforcer la mixité sociale en leur sein, même si seulement un quart pense que cela serait « très efficace ». La première solution est davantage jugée efficace par les sympathisants de Droite, tandis que la seconde l’est davantage par les sympathisants de Gauche.

    Seule proposition à susciter un jugement mitigé de leur part, l’allègement des programmes: moins de la moitié des Français (47%), pensent qu’il s’agit d’une mesure efficace pour favoriser la réussite de tous les élèves (et même seulement 15% la considèrent comme « très efficace »).

 

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