Dépenses loisir, dépenses contraintes, quel pouvoir d’achat pour les Français à quelques semaines de l’élection présidentielle ?

ENQUÊTE HARRIS INTERACTIVE POUR LES ZOOMS DE L'OBSERVATOIRE CETELEM

Enquête réalisée par Harris Interactive en ligne du 4 au 7 mars 2022. Échantillon de 1 014 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle de et région de l’interviewé(e).

 

Paris, le 30 mars, 

 

Thème 1 : L’argent (ne) fait (pas) le bonheur : quel rapport à l’argent chez les Français ? –  Enquête 3/3

 

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Que retenir de cette enquête ?

 

  • De l’inquiétude sanitaire aux tensions internationales exacerbées par l’invasion de l’Ukraine, les sujets de préoccupation ont largement fluctué au cours des dernières semaines pour les Français. Si le choc du conflit semble avoir repoussé au second plan les inquiétudes liées à la Covid-19, il paraît avoir encore accentué l’attention portée par les Français aux enjeux économiques, et notamment à leur pouvoir d’achat (82%), déjà annoncé comme enjeu central des prochaines échéances électorales.
  • Et pour cause, les Français ont plutôt le sentiment que leur pouvoir d’achat est à la baisse, une dynamique qui s’est renforcée au cours des derniers mois mais qui remonte déjà aux 5 dernières années pour beaucoup d’entre eux (39%). Une diminution attribuée très largement à l’inflation, et en particulier à la hausse des prix de l’énergie ainsi que des produits du quotidien.
  • Si, en France, 60% de la population est prête à déclarer que ses revenus actuels lui permettent de vivre « comme elle le souhaite », cette relative satisfaction masque de grandes disparités sociales, et la détresse des foyers Français aux revenus les plus faibles qui ne sont que 38% à indiquer pouvoir vivre comme ils le voudraient. Des difficultés qui se comprennent notamment au regard du poids des dépenses contraintes dans les budgets : en moyenne, 72% des dépenses des Français seraient contraintes, seules 28% laissant place à des achats de loisirs.
  • Prévoyants, les Français attachent de l’importance à l’épargne. Dans l’idéal, en moyenne, un Français voudrait épargner chaque mois 21% de ses revenus, mais il estime ne réussir à en épargner que 12% en réalité.
  • Quasi-unanimes sur la question, les Français s’attendent à un impact important et négatif de la crise ukrainienne sur leur pouvoir d’achat (85%). Dans l’ensemble prêts à accepter de nouvelles difficultés économiques et budgétaires à venir, au regard de l’importance de la cause qui est défendue (62%), les Français ne sont cependant pas égaux face aux risques pour leur pouvoir d’achat, les revenus les plus faibles les redoutant davantage.

 

Un pouvoir d’achat menacé et au cœur des préoccupations

  • Si la situation internationale est passée au premier plan des inquiétudes depuis le déclenchement de la crise ukrainienne, dépassant même les préoccupations liées à l’urgence climatique, les enjeux économiques sont au cœur des considérations des Français. 84% d’entre eux s’inquiètent de l’économie française et 82% de leur propre pouvoir d’achat. La crise ukrainienne est donc loin d’éclipser les préoccupations économiques des Français – si elle ne les attise pas. Quant à la crise sanitaire, longtemps objet de préoccupation majeur, elle semble aujourd’hui davantage à l’arrière-plan des inquiétudes des Français (66%, derrière les inégalités sociales ou encore la cause animale).
  • Même chez les Français plus aisés, une nette majorité (72%) se déclare préoccupée par son pouvoir d’achat, signe que l’enjeu occupe l’ensemble de la population, bien qu’à des degrés divers. Une inquiétude à lier au fait que les Français ont souvent ressenti une diminution de leur pouvoir d’achat au cours de l’année écoulée : cela concerne en effet près de la moitié d’entre eux (48%). Au total 39% constatent à la fois une dégradation intensifiée au cours des 12 derniers mois et une dégradation s’inscrivant dans un temps plus long qui remonte aux 5 dernières années. Les Français aux revenus les plus élevés semblent avoir été plus souvent épargnés par ce sentiment de perte de pouvoir d’achat sur les 5 dernières années (33% d’entre eux), tandis que les classes moyennes semblent les plus affectées par cette impression (50%), devant même les classes les plus modestes (46%).
  • La baisse du pouvoir d’achat ressentie est largement attribuée à une hausse des prix : ceux de l’essence et de l’énergie en général (88%), ainsi que ceux des produits du quotidien (88% également). On la met nettement plus rarement sur le compte d’un changement de situation personnelle comme une baisse de revenus (28%), un événement personnel tel qu’un divorce (6%), ou encore un achat immobilier (4%).
  • Face à ce constat d’une perte de pouvoir d’achat, la grande majorité des électeurs potentiels (83%) indique accorder une place importante à la question du pouvoir d’achat dans son vote à l’élection présidentielle à venir, en particulier chez les tranches d’âge intermédiaires (25-50 ans) ainsi que les classes moyennes et modestes.

 

Un niveau de vie satisfaisant mais contraint, où les Français cherchent des stratégies d’économies

  • Le pouvoir d’achat apparaissant comme un sujet clé pour les Français, quelle satisfaction ont-ils à l’égard de leur niveau de vie ? Si les données d’ensemble laissent transparaître une relative satisfaction – 60% indiquent que leurs revenus leur permettent de vivre « comme ils le souhaitent » –, elles masquent des disparités très fortes liées au niveau de revenu. Le sentiment de pouvoir vivre comme on le souhaite grâce à ses revenus est en effet bien plus marqué chez les foyers les plus aisés (89%), que chez les plus modestes (38%), qui témoignent d’une toute autre réalité.
  • La répartition des dépenses contraintes et des dépenses de loisir peut constituer l’une des clés d’explication pour comprendre ce ressenti en demi-teinte face à son pouvoir d’achat. En moyenne, les dépenses contraintes représentent selon les Français 72% de leur budget, les 28% restants étant utilisés à des fins de loisir. Des dépenses « contraintes » qui pèsent sensiblement plus lourd aux yeux des Français les plus modestes et des classes moyennes qu’aux yeux des plus aisés, qui s’autorisent plus de dépenses loisir proportionnellement à leur budget global (32% pour les plus aisés, contre 26% pour les classes moyennes et 27% pour les plus modestes). Quoiqu’il en soit, la part de dépenses « contraintes » paraît inévitablement trop lourde aux Français. Seuls 16% la jugent adaptée quand 84% la trouvent trop importante, dont 45% « beaucoup trop importante ». En particulier, les femmes et les personnes aux revenus faibles ou moyens sont plus souvent de cet avis.
  • Conséquence de toutes ces pressions ressenties sur le pouvoir d’achat, les Français indiquent que leur quotidien s’inscrit aujourd’hui dans des stratégies d’économies et de réductions des dépenses et ce, quelle que soit leur appartenance sociale. Ils ont d’ores et déjà pris le parti pour plus de 70% d’entre eux de chercher à réduire leurs dépenses énergétiques. Diminuer la consommation d’énergie au domicile et réduire les déplacements constituent des stratégies déjà mises en place par la plupart. Aussi, pour une large majorité, améliorer son pouvoir d’achat passe par le choix d’acheter des produits bruts à cuisiner soi-même, plutôt que des produits préparés. Revendre des objets pour arrondir ses fins de mois est également envisagé, bien que dans une moindre mesure, mais cette stratégie s’avère plus populaire parmi les jeunes générations. Ainsi, 58% des moins de 50 ans indiquent l’avoir déjà fait. Moins coutumiers de l’économie circulaire que leurs cadets, les plus seniors ont en revanche davantage le réflexe de cuisiner leurs plats eux-mêmes ou de réduire leurs déplacements. Les autres solutions proposées (grandes surfaces discount, résiliation de certains abonnements, et renoncement à acheter des produits bio ou éthiques) font également partie des options soit déjà mises en place, soit envisagées pour réduire les dépenses.

Les Français épargnants avant tout, mais contrariés dans leurs projets d’économies

  • Quel que soit leur profil, la plupart des Français ont l’objectif d’épargner, un objectif jugé « important » par une nette majorité (77%). Il apparaît encore plus important chez les jeunes que chez leurs aînés – qui ont le plus souvent déjà constitué forme d’épargne ou de patrimoine. Aussi, plus les Français sont aisés, plus ils attachent d’importance à leur épargne (71%, 78% et 84% selon la tranche de revenus). Mais seule une minorité sont parvenus à épargner comme ils le souhaitaient au cours des 5 dernières années : 37%. Il n’y a guère que chez les plus aisés qu’une majorité se satisfait de sa capacité d’épargne (59%).
  • Signe supplémentaire de cette frustration, on observe une forte disparité entre le taux d’épargne idéal des Français et la part réelle de leurs revenus qu’ils estiment mettre de côté chaque mois. Ils voudraient épargner en moyenne 21% de leurs revenus, mais ne parviennent à en épargner que la moitié (12%) d’après leurs estimations. Les jeunes ayant des objectifs d’épargne plus ambitieux que leurs aînés (29%) semblent réussir un peu mieux que la moyenne l’exercice (18%). Les plus aisés, même s’ils attachent plus d’importance à l’épargne, ne visent pas des taux d’épargne plus élevés que les autres (19%, un chiffre même moins élevé que l’idéal moyen de 21%)… et ne rapportent pas non plus des taux d’épargne plus élevés que le reste de la population (du moins en part de leurs revenus).
  • Enfin, face au fameux dilemme de la cigale et de la fourmi, les Français sont partagés mais choisissent majoritairement le camp de la précaution et de l’économie. En effet, pour 61%, le plus important est d’épargner avant tout, pour préparer l’avenir, plutôt que de privilégier le fait de profiter de l’instant présent. Signe que la question est néanmoins difficile à trancher, les Français s’avèrent peu assertifs dans leur choix, une majorité (70%) préférant un compromis qui allie à différents degrés épargne et légèreté, plutôt que le choix radical de l’une ou l’autre option.

 

Situation internationale : quels impacts sur le pouvoir d’achat ?

  • On l’a vu, la situation de guerre en Ukraine préoccupe largement l’esprit des Français en ces premières semaines de conflit aux portes de l’Europe. Une guerre qui ne peut pas être, selon le propre jugement des Français, sans conséquences sur leur propre mode de vie. Quasi unanimement, (98%) ils anticipent un impact de cette guerre sur leur pouvoir d’achat, et pour pas moins de 47%, les conséquences seront même « très importantes ». Importantes donc, mais surtout négatives. Ainsi, pour 85% des Français, leur pouvoir d’achat sera affaibli par cette guerre. Les plus âgés se montrent encore davantage pessimistes que leurs cadets à ce sujet.
  • Les Français sont majoritairement enclins à accepter le risque d’une perte de leur pouvoir d’achat (62%), indiquant que la situation internationale actuelle est d’ordre à légitimer les sacrifices. Une part non négligeable néanmoins (38%) jugent difficile d’accepter ce risque, que pour eux, la situation ne justifie pas. Une perception du risque et du sacrifice qui transcende les situations sociales, mais reste plus difficile à accepter au sein des foyers aux revenus les plus faibles.

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