Baromètre des trajectoires d’habitation

Enquête Harris Interactive pour Procivis en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès

Enquête réalisée par Harris Interactive en ligne du 19 octobre au 28 octobre 2021. Échantillon de 10 145 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e). Les évolutions sont présentées par rapport à la vague précédente du baromètre, réalisée du 15 au 20 octobre 2020 sur un échantillon de 7 001 personnes selon la même méthodologie.

 

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Paris, le 6 décembre,

Un an après une première vague d’enquête sur le sujet, Procivis a de nouveau mandaté Harris Interactive pour interroger les Français sur leurs trajectoires d’habitation. Alors que la première vague du baromètre, menée à l’automne 2020 entre deux périodes de confinement national, s’inscrivait dans un contexte de crise sanitaire aiguë, cette deuxième étude recueille les opinions des Français dans une période plus « libre », plusieurs mois après la fin des confinements et la levée des derniers couvre-feux. L’occasion de questionner le regard des Français sur la trajectoire d’habitation qu’ils ont eue au cours de leur vie, mais aussi à la veille de l’élection présidentielle, leurs attentes en matière de logement pour l’avenir. Rétrospectivement, comment les Français se représentent-ils leur parcours de logement et ont-ils le sentiment d’y avoir mis fin en emménageant dans leur logement actuel ? Enfin, outre leurs aspirations personnelles, quelle politique de logement les Français attendent-ils pour leur pays ?

 

Que retenir de cette enquête ?

 

Un parcours qui tend vers les deux idéaux des Français en matière de logement : la maison individuelle et la propriété

Changer de logement fait partie intégrante du parcours de vie des Français. En effet, la plus grande partie d’entre eux (86%) ont été amenés à déménager au moins une fois au cours de leur vie adulte (depuis leurs 18 ans), pour atteindre une moyenne de 4 logements distincts à travers l’ensemble de la population du pays, tous âges confondus. D’un côté, 12% des Français, les moins mobiles, n’ont vécu que dans un seul logement ; à l’opposé, 10% ont vécu dans 8 logements ou davantage. Plus avancées dans leur parcours, les personnes âgées de 50 ans et plus déclarent en moyenne avoir vécu dans 5 logements différents depuis leur majorité. Certaines populations semblent plus mobiles que d’autres, notamment les catégories supérieures, qui sont plus susceptibles de changer de logement pour s’approcher d’un lieu d’études ou de travail, tandis que les catégories sociales populaires apparaissent davantage sédentaires.

Loin d’être chaotiques ou spécifiques à chaque individu, les parcours d’habitation révèlent un schéma assez répandu : on vit généralement dans plusieurs logements, souvent loués, avant de s’installer pour de bon dans un logement – le plus souvent une maison – dont on acquiert la propriété. En effet, parmi les locataires de leur dernier logement, la moitié ont accédé à la propriété en déménageant vers leur logement actuel : au global, on passe donc de 26% à 55% de propriétaires entre le logement précédent et le logement actuel. Et parmi ceux qui vivaient en appartement avant leur logement actuel, 48% vivent désormais dans une maison – faisant passer la part des habitants de maison de 39% à 58% entre ces deux stades. Tout se passe comme si le point de bascule avait lieu lors du dernier déménagement, après une période de mobilité plus ou moins longue et importante entre différents logements ne donnant pas complète satisfaction. On pourrait avancer que les événements familiaux comme la mise en couple ou l’arrivée d’enfants au sein du foyer sont les moteurs principaux du déménagement vers un logement pérenne. Or, cette hypothèse n’apparaît pas si évidente : 37% des sondés avaient déjà des enfants deux logements avant leur logement actuel, et ils sont à peine plus nombreux – 43% – à en avoir lors de leur dernier déménagement. Même en faisant l’hypothèse d’une inertie de plusieurs logements (le temps de trouver celui qui convient), difficile d’observer un lien net entre situation familiale et type de logement.

Si ce ne sont pas des motivations familiales qui aiguillonnent les Français dans leur parcours, qu’est-ce qui préside à leur itinéraire ? Les trajectoires d’habitation peuvent être mises en lien avec les idéaux recherchés par les Français : celui d’une maison individuelle (idéal de 79% des Français, 3 points de plus que l’an dernier) et celui de la propriété (idéal de 72% des non-propriétaires, 9 points de plus que l’an dernier). Notons également que l’accès à la propriété a constitué une raison de déménager pour 31% des personnes ayant déjà déménagé au cours de leur vie adulte. Un idéal qui paraît donc renforcé par rapport à la mesure de l’année dernière à la même époque : les incertitudes qui pesaient sur l’avenir en octobre 2020 du fait des répercussions de l’épidémie de Covid-19 inhibaient la volonté des Français de faire des projets, une volonté qui apparaît ravivée depuis lors.

Outre cette aspiration qui traverse l’ensemble de la population, les idéaux des Français s’avèrent assez souvent influencés par le logement de leur enfance : ainsi on souhaite souvent retrouver un logement semblable à celui où on a grandi, notamment en termes de taille d’agglomération. Par exemple, 60% de ceux qui viennent de petites agglomérations souhaitent retrouver la taille d’agglomération de leur enfance, quand ils sont 35% chez les personnes originaires de grandes agglomérations. Aussi, l’appartement, certes moins affectionné que la maison, apparaît plus souvent comme un idéal aux yeux de ceux qui y ont grandi (30% d’entre eux) qu’aux autres (15% seulement).
Les Français privilégient donc des environnements de vie dont ils sont familiers. Et pour cause, même chez ceux qui envisagent de déménager dans les mois qui arrivent, la tendance générale est de se tourner vers un logement dans une taille d’agglomération similaire à celle où l’on vit actuellement. Seuls les habitants de grandes agglomérations dénotent à cet égard, montrant davantage d’attrait pour des villes de plus petite taille que leur ville actuelle. En particulier, chez les habitants d’Île-de-France qui souhaitent déménager, seul 1 sur 2 souhaiterait rester dans la même région, signe d’une volonté manifeste de s’éloigner de l’agglomération parisienne.

Focus sur les mobilités des habitants des logements sociaux
Dans quelle mesure les habitants de HLM sont-ils mobiles dans leurs trajectoires d’habitation ? Parmi ceux qui ont passé leur enfance en HLM, plus de 6 sur 10 (63%) indiquent vivre aujourd’hui dans un autre type de logement. Cette étude nous invite donc à penser que l’expérience du logement social n’est pas une fatalité pour les personnes qui en viennent. Néanmoins, ces dernières sont nettement plus nombreuses à y vivre – 37% d’entre elles – que la moyenne des Français – 14% des Français dans leur ensemble. Aujourd’hui, la population des HLM apparaît donc mixte : près de la moitié (46%) sont eux-mêmes issus de HLM quand l’autre moitié (54%) ne l’est pas.

 

Des souhaits dissonants en matière de politique de logement

Au-delà de leurs aspirations personnelles, quelle politique de logement les Français ambitionnent-ils pour leur pays ? Assez d’accord sur le diagnostic, les Français trouvent en majorité qu’il n’y a, de façon générale, pas assez de logements (62%) plutôt que trop (12%), seuls 26% estimant qu’il y a assez de logements en France. Ils sont plus partagés quant au volume de logements sociaux dans le pays : 54% jugent celui-ci insuffisant quand 23% le trouvent au contraire trop important. Au global, seuls 12% des Français se montrent satisfaits de la quantité de logements, sociaux et non sociaux, dans le pays. Un fait remarquable, on ne note pas de différences importantes de perception entre les habitants de zone rurale, de petites ou de grandes agglomérations. Le diagnostic est donc plutôt consensuel – des logements insuffisants –mais le plan d’action à mener pas aussi évident : pour une moitié de Français seulement (51%), il faudrait construire davantage, avec l’objectif de faire baisser les prix des logements (40% des Français) et/ou de pouvoir accueillir plus de personnes (34%). Illustration de l’effet NIMBY (« Not in my backyard ») : quand il s’agit de construire près de chez eux, les Français sont parfois moins enthousiastes : seuls 32% sont d’avis qu’il faut construire davantage dans leur propre commune. Cette distorsion entre la volonté de construire en général et celle de construire dans près de chez soi se fait particulièrement forte chez les 50 ans et plus.

Aux yeux des Français, plus que construire, il faudrait avant tout encadrer les loyers : 59% y sont favorables d’une manière générale et 39% à l’échelle de leur commune.

 

Se préserver des contrariétés

Si l’idéal de logement apparaît comme la maison individuelle et que les Français se déclarent moins favorables à une politique de logement agressive dans leur environnement immédiat, c’est notamment parce qu’ils souhaitent avant tout être sereins chez eux. En effet, ne pas être dérangé apparaît comme une préoccupation importante pour eux, puisque l’isolation figure parmi les premiers critères de choix d’un éventuel nouveau logement, qu’elle soit phonique (95%) ou thermique (96%). À la recherche de tranquillité, les Français sont très peu enthousiastes à l’idée de vivre avec d’autres : dans l’ensemble de la population, seuls 13% affirment qu’ils seraient prêts à vivre en colocation, dont seulement 3% en sont « certains ». Même chez les plus jeunes, le refus est majoritaire : 62% des 18-24 ans et 81% des 25-34 ans. Le projet de partager une résidence principale avec d’autres co-propriétaires ne séduit également qu’une petite minorité de Français (21%), surtout parmi les plus jeunes et les habitants de l’agglomération parisienne, bien que ces derniers évaluent le poids du logement dans leur balance budgétaire comme les autres Français. Avoir des voisins pénibles est par ailleurs la première crainte des Français en cas de déménagement (1 personne sur 4 souhaitant déménager le craint en priorité). Et même au sein de leur propre domicile, les Français trouvent prioritaire de pouvoir s’isoler du reste du foyer (91%).

 

Une quête du logement ardue

Pas toujours satisfaits de leur logement actuel, les Français ne sont pas tous parvenus à la fin de leur parcours, dans le domicile où ils envisagent de rester pour longtemps. Une partie non négligeable (35%) déclarent souhaiter déménager, un chiffre plus élevé parmi les plus jeunes et dans les grandes agglomérations. Comme on l’a vu, les Français ont de manière générale une appétence pour un logement individuel plutôt que partagé, une propriété entière plutôt qu’une copropriété et un lieu de vie dénué de contrariétés de voisinage. Des exigences qui rendent leurs recherches difficiles : en effet, si beaucoup (43%) déclarent avoir consulté des annonces immobilières au cours des derniers mois dans le cadre d’une recherche d’achat, moins nombreux (20%) sont ceux qui ont franchi l’étape suivante, à savoir prendre contact avec un vendeur ou un intermédiaire. Cet écart est plus grand qu’à la même époque l’année dernière (respectivement 35% et 19%) : cette année, si les recherches ont augmenté, les démarches actives sont paradoxalement restées au même niveau que l’an dernier, malgré la sortie de crise. Comme l’année dernière, les Français préfèrent mettre de côté une éventuelle épargne (43%) plutôt que l’investir dans un projet, immobilier ou autre (22%). Cependant, l’attrait pour l’investissement a légèrement augmenté (+5 points) depuis octobre 2020, dans un contexte où il était difficile de se projeter au-delà du très court terme.

La quête du logement idéal s’avère particulièrement difficile chez les habitants de l’agglomération parisienne. Pour preuve, bien que ceux-ci soient plus susceptibles d’entreprendre des recherches immobilières (57% déclarent en avoir fait au cours des derniers mois contre 49% dans la population générale), dans les faits, ils sont moins mobiles que les autres Français, avec 3,6 logements différents en moyenne au cours de leur vie adulte, contre 4,1 dans l’ensemble de la population. Une tension qui suggère une certaine frustration chez les Parisiens, désireux de changer de logement mais probablement empêchés de le faire comme ils le voudraient par un contexte économique particulièrement défavorable.

 

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