Baromètre de confiance dans l’exécutif Harris Interactive / Délits d’Opinion : Jean-Daniel Lévy répond aux questions de Délits d’Opinion

Interview de Jean-Daniel Lévy, Directeur du Département Politique-Opinion de Harris Interactive

Délits d’opinion : François Hollande est stable à 28% dans le dernier baromètre : la conférence de presse n’a-t-elle eu aucun impact sur son image ?

Jean-Daniel Lévy : Il n’y a pas de lien mécanique entre la prise de parole politique et un effet, dans l’opinion, en matière de confiance. Rappelons que la conférence de presse, saluée par de nombreux analystes et commentateurs, n’a pas créé de « choc » immédiat auprès des Français. L’enquête menée pour LCP1 montrait que le Président de la République n’était parvenu à être convaincant qu’aux yeux de 31% des Français ayant directement ou indirectement eu connaissance du contenu de sa parole. Cette étude mettait également en avant la forte déconnexion entre les réactions des responsables politiques (notamment de l’UMP) et les sympathisants de cette formation, une partie des premiers étant prête à accorder sa confiance au Président, contre une très faible minorité des seconds.

Derrière la stabilité apparente se cachent deux évolutions importantes. Sociale déjà avec une progression d’un point des catégories supérieures (à 33%), de 5 points au cours des deux derniers mois. Politique ensuite avec un net décrochage des sympathisants du Front de Gauche de 12 points (à 35%).

Les références explicites à la conférence de presse pour justifier de sa confiance ou méfiance envers le Président sont inférieures à 1% des citations. On se souvient qu’au lendemain de la prise de parole du Président, la référence à une politique tournée vers l’entreprise avait marqué les esprits (plus que le « tournant » d’ailleurs), ce terme est aujourd’hui quasiment absent. Que ce soit lorsqu’il s’agit des évocations positives ou négatives.

Délits d’opinion : Comment la vie privée de François Hollande joue-t-elle dans la perception que les Français se font de leur Président ?

Jean-Daniel Lévy : Alors que l’enquête a été réalisée au moment où le Président annonçait sa séparation d’avec Valérie Trierweiler, peu de Français évoquent la relation que pourrait avoir François Hollande avec Julie Gayet ou sa rupture. Alors même que l’intérêt et la curiosité sont marqués, l’effet politique semble aujourd’hui assez ténu. On voit ici l’attitude très française qui pourrait se résumer de la sorte : « on veut savoir, mais ce n’est pas au Président de nous dire ». A ce titre, nous retrouvons pleinement ce que nous avions relevé à l’issue de la prise de parole du 13 janvier, à savoir que dans un même élan 56% des Français considèrent que les journalistes ont « eu raison de poser des questions à François Hollande sur sa vie privée » et, sensiblement la même proportion (58%), à affirmer que le Président avait eu raison de ne pas répondre. Sur ce point, les effets peuvent se mesurer sur le moyen ou le long terme. La question centrale à laquelle il nous faut répondre est celle-ci : dans quelle mesure une affaire privée peut révéler ce qu’est politiquement un responsable ?

A ce titre, le tweet de Valérie Trierweiler (apportant son soutien à Olivier Falorni contre Ségolène Royal) avait réactivé l’image d’un Président sans autorité. En son temps, ce qui avait été perçu comme une démonstration de la part de Nicolas Sarkozy (l’exposition de son bonheur avec Carla Bruni à Pétra fin 2007) avait conforté l’image d’un Président accordant à la richesse – et aux riches – une importance particulière.

Délits d’opinion : Manuel Valls connait une chute sévère de 9 points. A t-il « trébuché » sur l’affaire Dieudonné ?

Jean-Daniel Lévy : Avec 48% de Français indiquant lui faire confiance, Manuel Valls connait le plus faible niveau de confiance exprimé de la part des Français à son égard, mais reste, s’il fallait établir un classement, en tête. On observera que les évolutions sont relativement faibles à Gauche (79% des sympathisants socialistes lui font confiance, – 3 points) et nettement plus marquées à Droite et à l’extrême-Droite (37% chez les proches de l’UMP, – 14 points, 28% au Front National – 11 points). Qui plus est, la baisse est également marquée socialement (48% des CSP+ lui accordent leur confiance, – 11 points, sensiblement la même proportion de CSP-, – 1 point) et en termes de générations (52%, – 14 points chez les personnes âgées de 65 ans et plus, contre 45%, -8 chez les jeunes de moins de 35 ans). Ces éléments s’inscrivent en parfaite cohérence avec les données relevées par Harris Interactive pour l’émission « Salut Les Terriens ! »2 : 58% des Français approuvaient le principe de la circulaire relative au spectacle de Dieudonné mais doutaient des effets ; le regard étant très clivé politiquement et générationnellement. On peut en effet imaginer que cette baisse est notamment la conséquence de la position du ministre dans le cadre de cette affaire. il s’avère que seul le Ministre de l’intérieur semble « impacté » par cette affaire. Et nullement le Président de la République. Il n’est pas fait mention, spontanément, de Dieudonné lorsque les Français se prononcent sur le Président de la République. Que ce soit en bien, ou en mal.

 

1 Enquête réalisée en ligne le 14 janvier (à partir de 19h30) et le 15 janvier 2014. Echantillon de 946 personnes représentatif de la population française âgée d’au moins 18 ans, à partir de l’access panel Harris Interactive. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation de l’interviewé(e). http://www.harrisinteractive.fr/news/2014/16012014.asp

2 Enquête réalisée par Internet les 7 et 8 janvier 2014. Échantillon de 1 116 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, à partir de l’access panel Harris Interactive. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e). http://www.harrisinteractive.fr/news/2014/13012014b.asp
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