Quand les Français jugent le secteur touristique

Quel regard les Français portent-ils sur le secteur du tourisme en France aujourd'hui ? Ont-ils le sentiment qu'il rencontre des difficultés ? Si oui, à quels facteurs les imputent-ils ? Et quelles solutions apparaissent efficaces à leurs yeux pour améliorer la situation ?

Telles sont les interrogations posées par Harris Interactive lors d’une enquête réalisée pour le compte de l’Association pour un Hébergement et un Tourisme Professionnels (AhTop). Retour sur les grandes lignes de l’enquête.

A l’occasion d’un colloque intitulé « Tourisme en France, se donner les moyens de nos ambitions », l’Association pour un Hébergement et un Tourisme Professionnels (AhTop) a sollicité Harris Interactive dans ce cadre pour réaliser un sondage sur la perception des difficultés du secteur touristique par les Français : comment perçoivent-ils le secteur du tourisme aujourd’hui en France ? Pensent-ils qu’il se porte mieux ou plus mal qu’avant et, dans ce dernier cas, comment expliquent-ils ses difficultés ? Que faudrait-il faire selon eux pour renforcer le secteur du tourisme ?

Pour réaliser cette enquête en ligne, Harris Interactive a ainsi interrogé un échantillon de 1 010 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus selon différents quotas (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région).

Une perception plutôt positive

Premier résultat de cette enquête : environ 6 Français sur 10 (61 %) estiment que le secteur du tourisme (défini comme l’ensemble des activités économiques liées à l’accueil, l’hébergement, les déplacements, l’alimentation et les loisirs des touristes) se porte bien en France aujourd’hui. Ils se montrent toutefois modérés dans leur juge-ment : seulement 3 % d’entre eux pensent qu’il se porte « très bien » et 58 % ‘plutôt bien« .

A l’inverse, 38 % des Français considèrent que le secteur du tourisme se porte mal (dont 3 % très mal et 35 % plutôt mal), ce score étant encore plus élevé parmi les habitants de région parisienne (53 %). Ce jugement apparaît encore plus mitigé quand on demande aux Français d’évaluer l’évolution de la santé du secteur touristique dans le temps. En effet, plus de la moitié d’entre eux (56 %) considèrent que ce secteur se porte « moins bien » aujourd’hui qu’il y a une dizaine d’années, contre seulement 20 % qui pensent qu’il se porte « mieux »et 23 % qu’il « ne se porte ni mieux ni moins bien »

Un secteur associé aux attentats et à l’insécurité

Quand on leur propose de se prononcer sur une liste de raisons possibles, ce sont les attentats et l’insécurité qui sont de loin désignés comme les principaux responsables des problèmes du secteur. En effet, 93 % des Français estiment que « les attentats terroristes » contribuent aux difficultés actuelles du secteur du tourisme en France et 87 % pensent de même en ce qui concerne « les problèmes d’insécurité » Néanmoins, ces éléments ne sont pas les seules rai-sons citées. Ainsi, « l’image de la France dans le monde » contribue également aux problèmes du secteur touristique pour 72 % des Français, de même que les ‘grèves, les manifestations » pour 70 % d’entre eux. Des raisons d’ordre économique sont aussi invoquées par une grande majorité de personnes, que ce soit « les prix de l’hébergement » (72 %), les prix des sites touristiques (68 %), et les prix des restaurants (67 %).

Selon un rapport publié par la Direction Générale des Entreprises, en 2015, un Français sur quatre n’est pas parti en voyage et moins d’un Français sur deux est parti au moins une semaine l’été.

Les personnes à bas revenu ou sans diplôme, mais aussi celles exerçant une activité indépendante ou habitant en dehors des grandes agglomérations partent moins. L’âge et les contraintes personnelles conditionnent également beaucoup le départ. Les jeunes sont pris par leurs études et les jobs d’été, les personnes plus âgées ont plus fréquemment des soucis de santé ou tout simplement l’envie de rester chez elles.

Les 25-34 ans ont plus souvent un jeune enfant et les 50-64 ans, s’ils ont moins de problèmes d’argent, évoquent plus souvent le fait de devoir s’occuper d’un parent. Entre 2013 et 2015, seul un Français sur quatre est parti chaque été plus d’une semaine et plus d’un Français sur trois n’est parti aucun des trois étés.

Sur trois ans, les déterminants du départ sont les mêmes, au premier rang le niveau de revenu. Les différences de situation sont plus marquées entre les personnes à haut revenu et celles à faible revenu. Enfin, les personnes habitant un département très touristique sont en proportion aussi nombreuses à partir au moins une fois dans l’année, cependant elles réalisent des voyages plus courts et moins nombreux.

 

L’accueil envers les touristes (dans les hôtels, restaurants, musées…) est, quant à lui, cité par près de deux tiers des répondants (64 %). Il est à noter que, si seulement une minorité de Français (20 %) considère que le secteur du tourisme se porte mieux qu’il y a une dizaine d’années, ceux-ci justifient leur optimisme par leur perception d’une diversification de l’offre et d’une amélioration de l’accueil des touristes de manière générale. Ils invoquent spontanément, par exemple, le développement des transports qui permettent de venir plus facilement en France, l’essor des hôtels de luxe ou la modernisation des sites.

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Améliorer la sécurité des touristes et l’image de la France

Que faudrait-il faire pour que le secteur du tourisme en France se porte mieux dans les années à venir ? De façon spontanée, les Français pensent avant tout qu’il faudrait renforcer la sécurité pour rassurer les touristes, mais aussi proposer des prix plus abordables, et également engager un travail de fond pour améliorer l’image du pays et les conditions d’accueil des touristes. Quand on leur donne le choix entre quatre types d’action possibles, les Français considèrent qu’il faut en priorité ‘renforcer la sécurité des touristes » (cette mesure est citée « en premier » par 37 % des répondants) et améliorer l’image de la France dans le monde (30 % des répondants). Les autres types d’actions proposés sont jugés un peu moins prioritaires : ‘renforcer la formation et la compétence des professionnels du secteur touristique en Fronce » est cité en premier par 21 % des répondants, et « encadrer davantage les plateformes numériques de location de logements meublés » par 11 % d’entre eux.

Plusieurs mesures plébiscitées pour renforcer le secteur

Enfin, une série de propositions détaillées pour renforcer le secteur du tourisme a été soumise à l’évaluation des Français. Les mesures les plus plébiscitées concernent la protection et l’accompagnement des touristes dans des lieux stratégiques (aéroports, transports en commun, principaux sites touristiques). Ainsi « renforcer l’encadrement et l’aide aux touristes en difficulté dans ces lieux par la création d’équipes de bénévoles facilement identifiable s’est jugé prioritaire ou important par 75 % des Français, et mettre en place des équipes de police spécialisées dans la protection des touristes par 73 %.

 

Les autres mesures soutenues par une très large majorité sont liées à l’amélioration de la formation : 71 % des Français jugent ainsi qu’il est prioritaire ou important de ‘créer des filières de formation d’excellence pour les métiers du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration » et 69 % de « mieux adapter l’enseignement en alternance aux spécificités de l’activité touristique région par région‘. A noter que les propositions visant à renforcer l’attractivité du territoire (ouverture permanente des principaux sites touristiques, création d’un ministère du tourisme géré par les professionnels du secteur, simplification des procédures d’obtention des visas touristiques pour la France) sont considérées comme un peu moins essentielles que les précédentes, même si elles suscitent un intérêt important de la part des Français (jugées prioritaires ou importantes par un peu plus de la moitié d’entre eux).

Une demande d’un encadrement plus strict des plateformes de location

De manière générale, la concurrence des plateformes numériques de location de logements meublés (de type Airbnb ou HomeAway) est considérée comme une cause moins importante des problèmes rencontrés aujourd’hui par le secteur du tourisme que d’autres éléments comme les attentats et l’insécurité, l’image de la France, le niveau des prix ou les grèves et manifestations.

Néanmoins, 55 % des Français estiment que cette concurrence contribue aux difficultés actuelles du secteur du tourisme en France. Ils sont même 58 % à penser que l’existence de ces plateformes entraîne une diminution du nombre d’emplois dans le secteur touristique en France, quand seulement 18 % pensent au contraire qu’elle l’augmente et 23 % qu’elle n’a pas d’impact sur ce nombre d’emplois.

Enfin, 52 % pensent que ces plateformes numériques ne sont pas assez encadrées par la loi. Ainsi, 59 % des Français jugent prioritaire ou important « d’encadrer davantage les plateformes numériques de location de logements meublés pour soutenir les structures d’hébergement traditionnelles’ On retrouve plus particulièrement des partisans de cette mesure chez les personnes âgées de 65 ans et plus et les non-utilisateurs de ces plateformes.

Article de Stéphanie Pioud

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