Quand « l’affaire Théo » vient s’immiscer dans la campagne électorale

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte : « Qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.

Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité.

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L’affaire François Fillon ne s’étiole pas, les références à Pénélope réduisent, Emmanuel Macron et l’absence de programme, Hamon et son entrée en campagne, Marine Le Pen en embuscade… Il s’agit là de quelques enseignements de cette vague d’enquête.

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 François Fillon reste, cette semaine, très cité, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ensuite, et enfin Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

 

François Fillon aux affres d’un mono-sujet : soutenu car soumis aux affaires, critiqué car… soumis aux affaires.

Bien qu’il y soit très nettement fait référence, François Fillon est moins cité que la semaine dernière : 29% cette semaine contre 36% (il s’agissait de la fréquence maximale de référence) il y a 8 jours. Reste qu’à son nom est pratiquement toujours associé le terme « affaires ».

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Les propos évoluent. On parle moins de la « presse » en tant que telle (1% contre 4% la semaine dernière), on discute un peu de sa visite à la Réunion (4%), même si c’est « l’affaire Pénélope Fillon » qui reste au centre des citations quoi qu’en forte baisse : 18% cette semaine (31% il y a 8 jours).

Attardons-nous à regarder ce que déclarent les proches des Républicains. Les avis sont tranchés, ne laissent plus de place au doute. Une partie de son électorat potentiel apparait désabusée : « Fillon qui s’embourbe ; Atterrant / Fillon ; Scandale ».

Pour ceux le soutenant deux registres se font jour : le premier emprunt d’une compassion personnelle, espérant qu’il retrouvera, sur l’ile de La Réunion, un nouvel air : « Fillon danse à La Réunion ; Un peu de détente, loin ! ». Le second de dénonciation de l’acharnement médiatique : « L’acharnement des médias voulant abaisser François Fillon et sa famille ; horrible !!! A faire pousser quelqu’un au suicide / Polémique autour de Pénélope Fillon ; C’est bien orchestré et certains, trop insistants pour être honnêtes, en profitent pour écraser Fillon / Fillon ; Cessez d’harceler un homme qui veut sauver la France ».

26% des sympathisants LR parlant de François Fillon dénoncent au final un système qu’ils qualifient de « méditico-gauchiste » 24%, de leur côté, critiquaient la non-intégrité de François Fillon.

Du côté du Front National, la totalité des références relevées sont critiques à l’égard de François Fillon. « Fillon et les élections ; c’est un profiteur / François Fillon « ne voit pas » comment il pourrait être mis en examen ; aberration / François Fillon ; c’est un scandale ».

 

Marine le Pen bénéficie pleinement de son passage à l’Émission Politique sur France 2

 

Pour la troisième semaine de suite il est plus fait référence à Marine Le Pen que la semaine passée (3% de citations il y a 2 semaines, 10% la semaine dernière et 13% cette semaine). Avec une croissance conjuguée de la référence à la présidente du Front National par les proches de la Droite et par ceux du FN.

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La semaine dernière, 14% des proches de la Gauche y faisaient référence, 13% de ceux du centre et de droite, 12% au FN. Cette semaine, les références progressent de 5 points chez les sympathisants de la droite modérée et de 3 à l’extrême-droite.

 

Les proches du FN se félicitent du passage sur France 2 de leur candidate : « Montée en puissance de Marine Le Pen ; Il faut que cela change / La comédienne, fausse chef d’entreprise, qui est là pour contrer Marine Le Pen ; Pitoyable, c’est ça le journalisme ? / Marine Le Pen et son débat ; très bien préparé, elle en a mouché plus d’un, elle s’était très bien préparée ». Nous avions pu voir que son passage avait été, pour elle, une réussite[1].

 

Les sympathisants des Républicains se partagent entre ceux émettant un avis négatif : « Marine Le Pen ; Mauvais signe, caracole en tête des sondages », « Les discours nuls de Marine Le Pen », ceux regrettant les attaques médiatiques à l’égard de François Fillon comparé au scandale du parlement européen : « l’interview de Marine Le Pen ; Marine a beaucoup de facilités à ne pas répondre à ses affaires d’emploi fictif / Le Pen ; elle aussi on lui demande 340 000 € mais personne n’en parle beaucoup » et ceux enfin, émettant des avis positifs : « Le Pen ; ne dit pas que des conneries / Marine Le Pen ; intéressé ». Au final, 26% des propos sont négatifs, 31% positifs et 34% neutres. On voit ici le glissement potentiel.

 

Signe d’une insertion tendancielle dans le paysage politique, même chez les proches du PS on peine à trouver des termes exprimant un rejet absolu de la candidate ou de ses propos comme ce fut le cas par le passé. On critique son programme : « Programme de Marine Le Pen ; horreur / L’émission avec Marine Le Pen ; Je ne suis pas pour Marine Le Pen et ses propositions / Le Pen ; Désolant / Marine Le Pen instrumentalise les derniers évènements ; Comme à ses habitudes, les malheurs de la terre font ses bonheurs ». Alors que certains semblent se résoudre à une victoire possible du FN : « Le Pen ; Elle monte dans les sondages. Les Français, comme les Américains, ont tout essayé, la droite la gauche depuis 30 ans. Peut-être que l’extrême serait la solution », ou encore saluent son professionnalisme : « Le débat de Marine Le Pen ; toujours droite dans ses bottes elle a toujours réponse à tout / les paroles de Le Pen ; paroles modérées et sang-froid » : on le voit ici, le fait de parler de la leader du FN n’engendre pas de jugement mais plus un constat froid et posé.

 

Emmanuel Macron : le candidat présent mais au contenu non identifié

 

Le responsable d’En Marche est toujours présent à l’esprit des personnes interrogées. 10% (13% la semaine dernière) en parlent. Notons que, depuis la fin de l’été, il est toujours cité par au moins 1% des répondants (et au moins 4% chaque semaine depuis le début de l’année 2017). Rarement sur le devant de la scène, il semble imprimer suffisamment pour ne jamais disparaître de l’esprit des électeurs. Mais on peine à trouver des éléments autres que la dynamique qui lui est accolée pour caractériser l’intérêt qu’il suscite.

Le thème de la « bulle » médiatique émerge. Chez les sympathisants Les Républicains, l’absence de programme est soulevée : « Macron ; Veut se présenter sans programme, candidat des médias / L’absence de programme de Macron ; Que nous cache-t-il ? / Macron ; Bulle médiatique ?? ». Des proches du PS mettent en avant les mêmes critiques, mais en étant moins centrés sur la question du programme, et en remarquant qu’une annonce prochaine sera faite : « Macron attente de programme ; je crois qu’il faut lire entre les lignes / Macron va présenter son programme ; il serait temps. ». Du côté de ses soutiens d’En Marche, il n’est évoqué le programme que pour dire qu’Emmanuel Macron a dévoilé son programme pour l’écologie : « Macron sur l’écologie ; bon programme » ou pour prendre sa défense : « Le (non) programme de Macron ; Trop de polémiques alors qu’il n’y a pour le moment rien à dire à ce sujet ».

 

 

L’affaire Théo

 

Alors que l’on interroge les Français sur la présidentielle, ils nous parlent de « l’affaire Théo ». Ou pour être plus précis des composantes de « l’affaire ». Que ce soit en faisant référence à la « police » (2%) aux « émeutes » (1%) ou aux « manifestations » (1%). L’évènement « incidents en banlieue février 2017 » est cité par 3% des répondants et « l’interpellation de Théo » par 5%.

Regardons dans le détail 4 verbatim : d’une part deux mots « manifestation » / « émeute » et d’autre part deux évènements « interpellation de Théo à Aulnay-sous-Bois » / « incidents en banlieue »

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Une différence sémantique est à noter : les sympathisants de gauche et d’extrême gauche parlent sensiblement plus de « l’interpellation » que des « incidents », tandis que ceux de droite font l’inverse et recourent même au terme « d’émeutes ».

A titre illustratif, ces proches du PS qui indiquent : « Le viol de Théo ; Horreur / Les banlieues s’agitent pour Théo ; Oui pour manifester pour Théo, Non pour tout casser ».

Et ces sympathisants LR : « Affaire Théo ; on en parle trop ; les débordements des casseurs sont insupportables / Hollande à l’hôpital pour Théo ; Honteux que ce Président se déplacer sans réfléchir alors qu’il augmente le sentiment d’impunité des jeunes des banlieues qui continuent encore plus fortement à prendre le pouvoir ! / Les émeutes à Bobigny ; Colère ».

 

A cette approche politiquement clivée, se superpose une césure selon la catégorie socioprofessionnelle. Les PCS- parlent plus de l’interpellation en tant que telle et nettement moins des incidents que les autres catégories.

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L’âge, enfin, constitue une variable nettement clivante. Les jeunes parlent de l’interpellation tandis que les plus âgés parlent des incidents qui ont suivi :

Ainsi chez les plus jeunes on relève les termes suivants : L’« Arrestation de Théo ; Révoltée / L’interpellation de Théo / La police des polices qui veut qualifier le fait en violences plutôt que viol ; Pas assez traité, pas assez pointé du doigt par les médias ». Chez les personnes âgées de 65 ans plus : « Bobigny ; Rien sur les casseurs, le gouvernement baisse sa culotte / Les casseurs de Bobigny ; Un évènement qui était à prévoir. Les peines prononcées sont trop douces pour ces types / l’affaire Théo ; un prétexte pour brûler des voitures ».

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Notons quelques liens entre l’affaire et l’élection. Ils s’articulent autour de deux approches :

  • Des commentaires sur les réactions des responsables politiques. A la fois sur les responsables politiques de droite: « Réaction de Le Pen sur l’affaire Théo ; Soutiendra les policiers qu’ils soient en tort ou non (sans préférence partisane / vote Fillon) / affaire « Théo » ; exploitation écœurante du FN et des LR (sans préférence partisane / vote Hamon) », que sur le Président de la République : « Théo/Hollande ; éviter que les banlieues se réveillent (sympathisant PS) / Hollande qui « visite » Théo ; Et les policiers brulés vifs ??? (Sympathisant FN) ».
  • L’anticipation que ces évènements profiteront électoralement au FN: « l’affaire de Théo et l’agitation dans les banlieues ; le pire est à craindre : le FN se frotte les mains. (sans préférence partisane, vote Macron) ».

 

[1] http://harris-interactive.fr/opinion_polls/sondage-harris-interactive-pour-lemission-politique-5/

 

Retrouvez l’analyse sur http://compol2017.com/

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