Le premier tour de la primaire de la Belle Alliance Populaire dépourvu d’émotion

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte : « Qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.

Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité.

Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

 

Parler de la présidentielle, cette semaine, revient pour les Français à parler déjà de la primaire de la Belle Alliance Populaire. Trois aspects sont notables.

La double référence à la participation

 

Les personnes parlant du scrutin de ce week-end font mention d’une participation faible. Ainsi ces sympathisants socialistes : « le vote de la primaire de la gauche : intéressant, participation décevante », « le vote pour le candidat socialiste : peu de participation ». Sans que pour autant, ces derniers affirment avoir voté… Ils apparaissent, comme nous l’avions souligné la semaine dernière, plus spectateurs et commentateurs qu’acteurs.

 

Plus nourries sont les références aux doutes concernant la participation réelle au scrutin : « polémique sur les chiffres de la participation à la primaire de la gauche. Tricherie ? », « 1er tour de la primaire de la gauche : que ce soit l’un ou l’autre des candidats de la gauche, on voit déjà les difficultés du comptage des votants, les candidats de la gauche veulent tellement avoir 2 millions de votants qu’ils sont prêts à tout », « le couac du comptage des bulletins de vote : hilarant », « les résultats de la primaire PS : un cafouillage qui sent la magouille sur le nombre de participants. », « mensonges et incompétences : comment peut-on croire les promesses mensongères de ces candidats sur l’avenir, alors qu’ils sont incapables de faire de simples élections sans mensonges ni tromperies ?».

On remarquera que ces doutes, critiques, interrogations et interjections ironiques sont le plus souvent le fait de sympathisants de droite, d’extrême-droite ou de personnes sans préférence partisane affichée donc, là aussi, de personnes n’ayant a priori pas voté.

 

Parler de la primaire c’est également évoquer les deux finalistes et… oublier quasiment les autres

 

Alors qu’à l’issue du premier tour de la primaire de la droite et du centre, le terme « surprise » constituait l’une des principales caractérisations du scrutin, tel n’est pas – ou moins – le cas ici.

 

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Benoît Hamon, dont nous avions relevé l’émergence les semaines précédentes, fait plus l’objet de références que Manuel Valls. On parle de lui presque autant lorsque l’on se situe à gauche qu’à droite sur l’échiquier politique. Mais pas avec les mêmes termes.

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Les sympathisants socialistes usent de références plutôt positives : « la victoire de Benoît Hamon : bravo / Hamon arrivé 1er : satisfaite qu’il soit passé / La primaire de la gauche : ravie de la victoire de M. Hamon au 1er tour ». Même si un doute existe quant à sa stature : « Benoît Hamon, 1er à la primaire de la gauche : je ne le vois pas Président », ou concernant son programme : « Benoit Hamon : rêve mais illusion / Hamon qui veut faire n’importe quoi dans son programme ».

 

Ceux des Républicains portent des regards plus négatifs, avec en toile de fond les évocations liées au revenu universel : « La victoire de Hamon : un désastre pour la France / Le revenu universel cher à Benoit Hamon : bien mais irréalisable ».

Manuel Valls est, déjà, associé à l’épisode de la gifle et les interviewés y font sarcastiquement référence : « Valls s’est pris une claque : bien fait (sympathisant FN) / La baffe collée à Valls : il n’est jamais trop tard pour bien faire… Voilà ce que beaucoup d’entre nous auraient aimé faire ! Bravo jeune homme. (Sympathisant PS, indiquant souhaiter voter Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle) ».

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Notons que la « gifle » est citée par 2% des Français (1% à gauche, 2% à droite et au FN), soit un évènement de campagne moins restitué que le pain au chocolat de Jean-François Copé (5%) ou que les « Gaulois » de Nicolas Sarkozy (7%).

 

A la différence des références à Benoît Hamon, peu sont élogieuses ou positives et ce quelle que soit la proximité politique des personnes interrogées.

A droite : « la défaite de Valls : tant mieux / Valls : mauvais perdant / Manuels Valls : contente qu‘il soit battu / Valls vexé : il sera peut-être moins présomptueux / La défaite de Valls : il se croyait tout puissant ».

Chez les proches du PS : « Valls a l’air trop sévère ». Et même si l’on peut voir quelques regrets, rien ne laisse entrevoir que ces spectateurs se muent en acteurs dimanche prochain : « Manuel Valls qui a été dépassé : c’est pas bien / Valls 2ème à la primaire : dommage, je le vois bien président, pour la laïcité ! ».

Au FN on note : « Défaite de Valls : il est défait mais l’a bien mérité, trop prétentieux / Valls : ego surdimensionné quand il ose affirmer que lui seul peut faire gagner le PS ».

 

Alors qu’après le premier tour de la primaire de la droite, il était fait mention de Nicolas Sarkozy ici, malheur aux perdants. Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et les autres ne font pas l’objet de citations nettes.

 

Parler de la primaire ne revient pas à parler… du deuxième tour

 

Ce deuxième tour n’est pas mentionné par les interviewés. Adoptant une posture de commentateurs attentifs mais passifs, la suite du scrutin semble dépourvue d’émotion.  Peut-être parce qu’à leurs yeux, les enjeux ne sont pas tous là.

 

Les électeurs ont Emmanuel Macron à l’esprit (avec des expressions tendant plus à décrire sa « montée dans les sondages » ainsi que la « dynamique » voire le « phénomène ») que sur le fond, et dans une moindre mesure Jean-Luc Mélenchon (avec un regard plus sur la forme de sa campagne que sur le fond).

Mais également – et là, les termes sont plus précis – François Fillon. Leurs voyages ont été remarqués. Et celui de François Fillon – notamment auprès de ceux ayant l’intention d’aller voter pour lui – apprécié : « Fillon en Allemagne : pendant l’agitation politicienne : on bosse ! (Sympathisant UDI, voulant voter Fillon en 2017) / Fillon à Berlin : bonne initiative (sans préférence voulant voter Fillon). »

 

 

Retrouvez l’analyse sur http://compol2017.com/

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