La séquence législative terminée, le Président attendu et en première ligne

Analyse Harris Interactive pour Proxem

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte : « Qu’avez-vous retenu de l’actualité politique française ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu et ce qu’elles en ont retenu.

Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité.

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L’actualité politique de cette semaine est similaire à celle précédente. Les élections législatives restent le premier sujet politique spontanément mentionné par les Français. La semaine dernière, 35% des personnes interrogées en parlaient. L’abstention est citée à 8% par les personnes interrogées, tout comme la semaine dernière. Emmanuel Macron reste la personnalité politique la plus mentionnée (7%). D’autres sont, pour la première fois, évoquées cette semaine. Ainsi, Manuel Valls est cité à 4% au regard de son élection au siège de député de l’Essonne. Nathalie Kosciusko-Morizet est mentionnée à 2% cette semaine en lien avec son agression lors de sa campagne des législatives.

 

Le résultat des élections législatives oblige le Président de la République

Les élections législatives sont spontanément mentionnées à 31% par les personnes interrogées. Les sympathisants de la République En Marche sont ceux qui le commentent le plus (54%). 42% des sympathisants de la France Insoumise citent les résultats du scrutin. Les sympathisants des Républicains et du Parti Socialiste en parlent à respectivement 39% et 37%. Les sympathisants du Front National sont ceux évoquant le moins les élections (32%). Les sympathisants de la République En Marche se déclarent très satisfaits des résultats. Sentiment partagé par quelques sympathisants des Républicains et du Parti Socialiste :

« Positive. » ; « Content. » ; « Bien. » ; « Soulagement. » (Sympathisants de la République En Marche). « Intéressant. » ; « Bien. » (Sympathisants des Républicains ayant voté au 2nd tour pour Emmanuel Macron). « Immense plaisir ! » (Sympathisants du Parti Socialiste).

 

La majorité des sympathisants des formations d’opposition expriment une déception. Cependant, en comparaison de la semaine précédente, la tonalité des verbatim est moins « catastrophée », probablement lié au fait que La République En Marche soit moins « hégémonique » qu’anticipé par les Français :

« Grosse déception. » (Sympathisants des Républicains). « Désolant. » ; « Déception. » ; « Un peu dégoûté. » ; « En Marche en tête : un désastre. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Dégouté. » ; « Lamentable. » ; « Déception. » ; « Affolant. » ; « Révoltant. » ; « Une mauvaise chose pour le pays. » (Sympathisants du Front National).

 

Ils critiquent la faible opposition et perçoivent négativement un contrôle de l’action présidentielle qui risque d’être limité :

« Notre président a maintenant les pleins pouvoirs, il pourra faire voter tout ce qu’il veut au parlement. C’est le Français qui va trinquer et subir financièrement, surtout la baisse des retraites due à la hausse de la CSG pendant que « ces messieurs haut placés » s’en mettront plein les poches. » ; « Je trouve dommage de laisser les  » pleins pouvoirs  » à ce gouvernement de  » jeunes inexpérimentés  » sans qu’une opinion contraire ne puisse les contrer. » (Sympathisants des Républicains n’ayant pas voté pour Emmanuel Macron au 2nd tour de la présidentielle).

« Pas représentatives. » ; « Trop de députés REM. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Non représentatives. » (Sympathisants de la France Insoumise). « Je déplore que Macron ait obtenu une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cela fait vraiment peur. Sans opposition réelle, cela devient presque une dictature. » ; « Je ne pense pas que ce soit une très bonne chose que seul un parti prenne toutes les décisions pour la France. Je pense qu’une proportionnelle serait préférable. » (Sympathisants du Front National).

 

Les sympathisants de la République En Marche commentent plus particulièrement la majorité obtenue par « leur » formation politique. Ils mentionnent également le renouveau politique, qu’ils jugent positivement :

 « Normal​, majorité pour le Président. » ; « Content que le Président ait une majorité. » ; « Nous allons pouvoir permettre au nouveau président d’appliquer ses réformes. » ; « Dans la logique d’un renouvellement. » ; « C’est un renouvellement total de l’Assemblée nationale et c’est de très bon augure. » ; « Renouvellement salutaire, Macron très fort. »

 

Cette satisfaction des sympathisants de la République En Marche traduit une attente assez forte envers le Président et le gouvernement. Celle-ci est partagée au-delà des clivages politiques :

« Maintenant au travail. » ; « Il faut maintenant avoir des résultats. » (Sympathisants de la République En Marche). « Macron à toutes les clés en main, à lui de faire ses preuves. » (Sympathisants des Républicains). « Un départ et une attente qu’il ne faudra pas décevoir, les gens attendent du changement. » (Sympathisants du Parti Socialiste ayant voté pour le PS aux législatives). « Je reste sceptique sur la suite des événements. » (Sympathisants de la France Insoumise).

 

L’abstention comme signe d’une « fatigue » électorale

La séquence électorale se finissant, il semble que les Français en ressortent « fatigués ». Tout d’abord la lassitude des Français s’exprime, selon eux, en partie dans le taux d’abstention, qui est mentionné à 8%. Les verbatim concernant la non-participation sont davantage négatifs de la part des personnes s’étant déplacées aux urnes. Certains mettent en parallèle l’abstention et les manifestations, émettant l’idée que l’abstention retire le droit de contestation par la suite. L’idée de rendre le vote obligatoire revient parfois :

« Abstention record. » ; « Manque d’enthousiasme électeurs. » ; « Il faut obliger les gens à voter. » ; « Consternée par le peu de participation. » (Sympathisants de la République En Marche). « Trop d’abstentions. » ; « Lamentable et après on manifeste. » ; « Une abstention record qui offre une majorité parlementaire à une minorité. » ; « Abstention massive jamais vue : désintérêt pour la vie politique. Mais on retrouve les gens dans les manifestations de rue ! » (Sympathisants des Républicains).

« Abstention record. » ; « L’incroyable incivilité des Français qui geignent en permanence, qui critiquent les politiques et qui n’ont même pas la sagesse d’exercer un droit acquis de haute lutte, allez voter. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Je suis choquée par le pourcentage des abstentions. » (Sympathisants de la France Insoumise). « Trop d’abstention. » ; « Quel dommage qu’il y ait eu tant d’abstentions. » ; « Le vote devrait être obligatoire afin que les résultats soient le reflet de la volonté réelle des Français. » (Sympathisants du Front National).

 

Toutefois, quelques personnes interrogées émettent des hypothèses pour expliquer cette abstention. Ainsi, le mode de scrutin, l’offre politique, mais aussi un ras-le-bol électoral sont évoqués comme causes possibles :

« Normale vu les choix. » ; « Le mode de scrutin n’est vraiment pas représentatif de la démocratie. L’abstention record le démontre. » (Sympathisants des Républicains). « Il ne restait au second tour souvent que 2 candidats qui ne plaisaient pas, les gens ne se sont pas déplacés. » ; « Depuis le temps que cela se constate il suffirait de modifier les modalités et faire comme dans certains pays : voter en semaine sur le temps de travail dans des bureaux de vote à proximité ou bien utiliser internet. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Les gens ont un gros ras le bol de la politique, de toute façon c’était joué d’avance, la majorité à Macron et à la droite qui l’a rejoint. » ; « Overdose de politique. » (Sympathisants du Front National). « C’est normal trop d’élection tue l’élection. » (Sympathisants de la République En Marche).

 

Une lassitude de la politique est particulièrement visible à travers des verbatim brefs, et un champ lexical de la fatigue :

« La fin des législatives. Enfin ! » ; « Enfin les élections terminées. » ; « Ça fait du bien quand ça s’arrête. » (Sympathisants de la République En Marche). « Marre. » ; « Fatiguant. » ; « Chroniques de défaites annoncées. » (Sympathisants des Républicains). « Enfin terminé. » ; « Heureusement c’est fini. » ; « Fatiguant trop c’est trop. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « Fatiguant. » ; « Lassitude. » ; « Ras le bol. » (Sympathisants de la France Insoumise). « Il est temps que ça se termine. » (Sympathisants du Front National).

 

La lassitude des Français transparaît également dans la tonalité des commentaires sur les résultats des élections législatives. Les personnes interrogées n’expriment pas de surprise vis-à-vis des résultats et de la composition de l’Assemblée :

« Attendu. » ; « Neutre. » ; « Sans surprise. » ; « Pas de surprises. » ; « Ce sont ceux que j’attendais. » (Sympathisants des Républicains). « Prévisibles. » ; « Logique. » ; « Sans surprise. » (Sympathisants du Parti Socialiste). « C’était couru. » (Sympathisants de la France Insoumise).

 

Notons, cependant, que certains se montrent surpris d’une « vague République En Marche » et non d’un tsunami comme annoncé. Les sympathisants de la République En Marche partagent cet étonnement, vis-à-vis des résultats de leur parti. Les sympathisants opposés à la République En Marche sont surpris des résultats des partis « historiques » :

« Vague REM mais pas un tsunami. » ; « Je m’attendais à un raz de marée pour « En Marche » il vaut mieux avoir quand même une certaine opposition, mais cette opposition ne pourra pas grand-chose. » (Sympathisants de la République En Marche). « LR a limité la chute prévue heureusement aux législatives ; je suis très contente. » ; « La vague macroniste moins importante, les LR résistent. Le FN le moins représenté. » (Sympathisants des Républicains n’ayant pas voté pour Emmanuel Macron au 2nd tour de la présidentielle). « C’est mauvais mais un peu moins pire que prévu… » (Sympathisants de la France Insoumise). « Débâcle. » ; « Déçue mais un peu moins que le tour précédent. » (Sympathisants du Front National).

 

La victoire de Manuel Valls avec périls mais sans gloire

La victoire de Manuel Valls dans sa circonscription laisse les Français surpris et circonspects :

« Impensable » ; « ? » ; « Oh ! ».

Si sa candidature, sans étiquette et partisan de la majorité présidentielle, continue d’agiter les passions :

« La mort du PS : Merci Valls et toute la clique. » (Sympathisant de la France Insoumise) ; « On ne comprend pas bien à quel groupe politique il appartient. » (S’est abstenu) ; « Valls. Elue sans étiquette il le voulait !! » (Sympathisants des Républicains)

 

Ce sont désormais les doutes sur la légitimité de sa victoire qui suscitent des commentaires. De tous bords, les Français partagent des interrogations sur les véritables résultats du vote à Evry :

« Valls qui se croit réélu et qui triche. » (Sympathisant la France Insoumise) ; « Valls élu en trichant. » ; « Petite magouille ? » (Sans proximité partisane) ; « Le doute sur le résultat à Evry, ce n’est pas normal que tout le monde ferme les yeux. ».  « Les élections législatives ; le doute sur le résultat à Evry, ce n’est pas normal que tout le monde ferme les yeux parce que Valls a été Premier ministre ce mec n’a plus rien à faire dans la politique. Vive la République. » (Sympathisant Les Républicains).

 

La séquence législative apparait finalement comme assez négative pour Manuel Valls :

« Valls et sa mini victoire laborieuse. Nulle et ridicule, il devrait avoir honte de tout ce qu’il a fait » (Sympathisant de la France Insoumise) ; « Mauvais perdant, mauvaise fois, il est odieux. Honteux ! Même pas capable d’un bon résultat malgré le cadeau que lui a fait Macron, en ne présentant personne face à lui. ». (Sympathisant de la République En Marche).

 

Il n’est néanmoins pas le seul à pâtir de la contestation à Evry. La France Insoumise apparaît, pour les personnes interrogées, et notamment celles se sentant aujourd’hui proches de La République En Marche, du Parti Socialiste ou des écologistes, comme une formation marquée par la violence et l’esprit de revanche :

« Trop de violence c’est inquiétant de la part de la France Insoumise. » (Sympathisant du Parti Socialiste) ; « L’aigreur marque de fabrique des mauvais perdants de la FI. » ; « Violence de France insoumise. » (Sympathisant la République En Marche).

 

Finalement, les derniers remous de la séquence législative de Manuel Valls semblent porter préjudice à l’ensemble des responsables politiques, une analyse partagée par des sympathisants de tous bords politiques :

« Blasée de tant d’histoires, ça continue. » (Sympathisants des Républicains) ; « Le sentiment que toute la politique ne tourne plus qu’autour des scandales divers et variés. » (Sympathisants de la République En Marche).

 

Retrouvez l’analyse sur http://compol2017.com/

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