François Fillon fait-il flancher les électeurs de Marine Le Pen ?

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte : « Qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.

Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité.

Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

 

C’est fait. La Primaire de la droite et du centre a délivré son verdict. Inattendu il y a quelques semaines, François Fillon a été – triomphalement – élu ce dimanche. Et le dicton « malheur au vaincu » s’applique avec force. On ne parle – quasiment – que du nouveau candidat. Poser une question sur la présidentielle, c’est obtenir une réponse sur… la Primaire et notoirement François Fillon. 33% des citations s’y réfèrent.

Que retenir cette semaine ?

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Et on le voit, ces références dépassent le strict cadre des clivages politiques. François Fillon fait l’objet d’une restitution nette de la part des Français quelle que soit leur proximité partidaire.

A ce titre, Alain Juppé – qui a presque été un phénomène de société – n’est plus que marginalement mentionné (par 8% des Français…).
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… et la situation est encore plus sévère pour Nicolas Sarkozy (4%).

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C’est bien le phénomène Fillon qui est remarqué.

Vote de classe – ou censitaire – diront certains. Ce n’est pas tout à fait vrai. On a pu voir que les traits d’image ne souffraient pas d’une distorsion énorme selon la catégorie sociale [1] on peut le voir également lorsque l’on regarde le recours au terme selon la catégorie sociale : certes les catégories populaires en parlent moins que les CSP+, mais – quand même – un quart d’entre-elles le font.

[1] http://harris-interactive.fr/opinion_polls/sondage-jour-du-vote-2eme-tour-de-la-primaire-de-la-droite-et-du-centre/

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La déflagration est alors peut-être politique. Avec un attrait à l’égard des électeurs du FN ? Pas tant que cela. Lorsque l’on regarde le pourcentage de citation selon la proximité politique, on observe que les Français parlant le moins de l’ancien premier ministre se retrouvent chez les proches du Front National.

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Comment en parle-t-on ?

Chez les sympathisants PS : l’absence de considération tactiques dans leurs propos

Alors que les électeurs auraient pu se réjouir de l’espace ainsi laissé au Centre et à Gauche ou considérer – en se plaçant en situation d’expert – que le programme politique marqué et identifié à Droite pourrait remobiliser la Gauche, c’est plutôt de la déception qui est perceptible. On retient surtout :

  • La surprise : « Victoire de Fillon à la primaire ; Surpris par le score énorme. Déception. »
  • La crainte : « La victoire de Fillon ; Pourvu qu’il ne devienne pas Président / Fillon gagne la primaire de la droite. Ses électeurs ont oublié de lire à fond son programme catastrophique. » ; « La primaire de la droite : je suis soulagé par l’élimination de Sarkozy mais pas rassuré par le choix de Fillon. »

 

A Droite, comme le laissent entrevoir les sondages réalisés par Harris Interactive dimanche dernier, on relève un consensus. Les déçus sont rares. Chez les sympathisants LR qui citent François Fillon, on identifie les sentiments suivants : surprise, bonheur (le terme est fort), satisfaction et sérénité. Essentiellement.

 

Enfin, les électeurs vers lesquels tous les yeux se tournent actuellement, ceux du FN, adoptent (lorsqu’ils en parlent) une posture ambivalente. Marquée entre satisfaction de voir l’élection de ce candidat marqué très à droite (« l’élection de M. Fillon à la primaire ; C’est peut-être une bonne chose ») et critique de ses idées et programme politique.

Ainsi on relève de nombreuses critiques de ses idées (« les opinions de Fillon ; dangereuses, arriérées »), de sa politique considérée comme « très libérale » (« La victoire de F Fillon à la primaire de la droite ; On éjecte Nicolas Sarkozy pour le remplacer par un ultra libéral au programme qui va déchirer la France s’il est élu »), ou le déficit de dimensions sociales dans son programme (« Fillon ; il va encore aider plus les classes supérieures » / « victoire de F. Fillon ; sociétalement, je suis plutôt d’accord avec lui. Pas socialement !!! »).

Rien ne montre donc que, dans les grandes lignes, François Fillon parvienne aujourd’hui à faire flancher une majorité d’électeurs FN. Plus populaires, ils en parlent moins. Plus en attentes de considérations sociales, ils s’inquiètent du programme jugé trop libéral.

Retrouvez l’analyse sur http://compol2017.com/

 

 

 

 

 

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