De la surprise François Hollande à l’annonce attendue de Manuel Valls : lorsque le courage est attribué à… celui qui ne part pas au combat

Chaque semaine Harris Interactive interroge un échantillon de plus de 2000 Français. En leur posant une question simple et tout à fait ouverte : « Qu’avez-vous retenu de la campagne présidentielle cette semaine ? ». Sans rien suggérer. Sans rien proposer. En laissant les personnes que nous interrogeons libres de nous dire et ce qu’elles ont entendu de la campagne présidentielle et ce qu’elles en ont retenu. Vu que l’on peut considérer qu’une élection se gagne déjà par une « hégémonie idéologique et culturelle » (pour paraphraser Gramsci), regardons la manière dont les électeurs parlent de la campagne.

Pour dégager l’essentiel de cette matière riche et spontanée, les réponses sont analysées par Proxem (https://www.proxem.com), pionnier de l’analyse sémantique de données textuelles. Chaque semaine, Proxem y détecte les personnalités et mouvements politiques, les thématiques et événements majeurs, de manière à pouvoir en mesurer la fréquence. Semaine après semaine se dégagent ainsi les grandes tendances de la campagne et les événements singuliers qui ont marqué l’actualité.

Chaque semaine, nous délivrerons ce qui nous a marqué.

A un coup de tonnerre peut en succéder un autre dont le bruit, en relatif, peut apparaitre faible alors que dans l’absolu celui-ci résonne fortement.
Premier coup de tonnerre : le renoncement de François Hollande. Le second, en écho : la déclaration de candidature de Manuel Valls. Ces deux moments forts éclipsent les autres thématiques et personnalités de la campagne présidentielle et placent si ce n’est la Primaire de la gauche mais bien les candidatures au centre des événements marquants.

 

Que retenir cette semaine ?

Alors même que notre recueil a été réalisé juste après la déclaration de candidature, les Français restituent un peu plus la déclaration solennelle du Président de la République que celle de l’alors Premier ministre (45% pour la première contre 41% pour la seconde).

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On remarquera que les citations faisant mention de Manuel Valls et de François Hollande sont structurellement différentes de la semaine dernière. Après l’interview au JDD, ce fut justement du contenu du propos de l’ancien Premier ministre dont nous avions écho.

Et les interviewés parlaient dans un même élan, pour une majorité d’entre eux, du couple exécutif. Cette semaine, la dissociation semble s’être opérée. Les deux personnalités sont moins nommées conjointement. Est-ce à dire que les événements marquent plus certaines catégories que d’autres ? Politiquement ce n’est pas le cas, comme le montrent les deux graphiques ci-dessous.

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Comment se qualifie le renoncement du Président ?

 

De manière différente selon les catégories politiques. On rappellera ici, à toutes fins utiles, que 82% des Français ont approuvé le choix de François Hollande de ne pas se représenter. Et que cette approbation était partagée par une très forte proportion de Français, quelle que soit leur proximité politique [1].

Reste qu’une opinion partagée peut se traduire par des considérations différentes. Chez les proches du Parti socialiste, la surprise est nette. Elle n’empêche pas de qualifier la décision du Président de courageuse et digne. Il s’agit de la seule catégorie politique faisant part de tristesse et d’une nostalgie anticipée.

[1] http://harris-interactive.fr/opinion_polls/la-non-candidature-de-francois-hollande-a-lelection-presidentielle-de-2017/

« Le renoncement de Hollande ; une grosse surprise » ; « le retrait de François Hollande ; une position honnête. Courageuse. »

« François Hollande qui a décidé de ne pas être candidat à la Présidence de la République en 2017 ; c’est très lucide de sa part. Néanmoins, il a fait de belles choses : la gestion des attentats, la lutte contre le terrorisme et la protection de la France, la gestion des migrants entre autres. »

« Le renoncement de François Hollande ; tristesse mais colère de ce manque de communication et de leadership. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi avoir si peu communiqué sur les réussites. »

 

Pas d’acrimonie, peu de critique émergent. Pas plus que de ressentiment à l’égard du Président. Au moins chez les sympathisants socialistes. En effet si l’effet de surprise est restitué par les proches des Républicains, c’est plus pour s’en féliciter.

« Le renoncement de Hollande à la Présidence ; tant mieux. »

« Discours de Hollande ; il reconnait que le costume est trop grand. »,

« François Hollande qui ne se représente pas ; la seule bonne chose qu’il ait faite. »

 

On remarquera au passage que dans le vocable de certains, François Hollande n’est plus Président de la République, si tant est qu’il l’ait été un jour à leurs yeux.

 

La situation est tout autre pour Manuel Valls.

Ici, point de surprise exprimée par les Français. Même chez les sympathisants socialistes. « Décision de Valls ; prévisible ». Et la forme d’unanimisme respectueuse concernant la décision du Président de la République cède la place à des regards plus contrastés.

 

Notons que même lorsque des adjectifs positifs ressortent chez les sympathisants PS (« Discours de M. Valls ; superbe discours. » ; « « La déclaration de Valls ; bon discours et bonne décision. »), ces derniers sont loin d’être conquis et optimistes :

« La déclaration de Manuel Valls ; j’espère qu’il saura donner de la dynamique. »

« Valls est candidat à l’élection présidentielle ; pourquoi pas mais de toute façon c’est fichu d’avance pour la gauche en général car trop de candidats donc dispersion des voix. »

Au final, 22% des citations de proches du PS peuvent être lues comme positives, 45% apparaissent neutres ou descriptives (notamment en mentionnant l’absence de surprise à leurs yeux), 33% à consonance négative.

Chez ces derniers relevons deux considérations structurantes : d’un côté la critique de l’action gouvernementale passée, de l’autre, le terme de traitrise lui étant accolé.

 

On peut donc voir deux prises de parole aux effets, dans leur camp politique, différents. François Hollande aurait très bien pu être considéré comme un capitaine qui abandonnait le bateau de la gauche en pleine tempête.Il n’en est rien.

Manuel Valls comme le responsable politique courageux (comme Nicolas Sarkozy était apparu, chez les proches du RPR, en 1999 alors que Philippe Séguin avait abandonné la conduite de la liste aux européennes) reprenant le « flambeau ». Là non plus.

 

La situation préexistante, le regard porté sur les acteurs précédant leurs décisions et actions jouent sur les structurants d’opinion. Nous verrons bien si François Hollande parvient à continuer de profiter du regard bienveillant déjà des sympathisants socialistes. Et si Manuel Valls parvient à endosser le qualificatif de courageux. Aujourd’hui davantage accolé au Président…

 

Retrouvez l’analyse sur http://compol2017.com/

 

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