Les Français et l’orthographe

Enquête Harris Interactive pour L'OBS

Enquête réalisée en ligne entre le 8 et le 11 février 2016. Échantillon de 1022 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation de l’interviewé(e).

L’annonce de l’intégration de la réforme de l’orthographe de 1990 dans les manuels scolaires pour la rentrée 2016 a suscité le débat chez les Français et dans les médias.

Afin de connaitre l’attitude des Français sur ce sujet, L’OBS a demandé à l’institut Harris Interactive d’interroger les Français sur la réforme et sur l’orthographe de façon plus générale.

Que pensent les Français de l’application de la réforme de l’orthographe ? Estiment-ils qu’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise chose ? Comptent-ils l’appliquer ?

De façon plus générale, quel rapport entretiennent les Français avec l’orthographe ? Estiment-ils que le bon respect de ses règles constitue une contrainte ? Y sont-ils sensibles ?

Que retenir de cette enquête ?

Les Français magnifient leur relation à la langue française. Quand bien même ils ne sont pas toujours à l’aise avec l’orthographe et alors même que – sur la plupart des thèmes de société – les Français sont favorables à la simplification, les personnes interrogées ne sont pas favorables à la réforme de l’orthographe.

Il n’est pas ici question que de l’application concrète en tant que telle de la réforme mais d’une certaine image et idée que l’on se fait de la France.

  1. I) Les Français et leur rapport à l’orthographe

  • Des Français qui estiment majoritairement avoir un bon niveau d’orthographe.

    90% des Français définissent leur niveau d’orthographe comme bon, dont 27% de « très bon » et 63% de « plutôt bons ». Seuls 9% des Français jugent donc que leur niveau d’orthographe est plutôt mauvais et 1% très mauvais. Le profil des « bons élèves » en orthographe – selon leurs déclarations – sont les femmes (32% déclarent avoir un très bon niveau contre 27% en moyenne), les moins de 35 ans (41% des 18-24 ans et 35% des 25-34 ans), les membres des catégories supérieures (32%) et les personnes ayant un niveau de diplôme supérieur à Bac +2 (38%).
    Quant aux hommes et aux personnes ayant un niveau de diplôme inférieur au Bac, ils sont plus nombreux que la moyenne à estimer avoir un niveau d’orthographe plutôt mauvais (respectivement 13% et 18% contre 9% en moyenne).

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  • Si 90% des Français déclarent avoir un bon niveau d’orthographe, ils ne connaissent pas toujours parfaitement les règles d’orthographe, de grammaire et de conjugaison.

    Afin de mesurer si les Français évaluent justement leur niveau d’orthographe, Harris Interactive leur a soumis un quizz demandant si les phrases testées étaient écrites correctement ou non. Seuls 18% des Français ont répondu correctement à l’ensemble de ce quizz (26% des personnes avec un niveau de diplôme supérieur à Bac+2). Les erreurs les plus fréquentes portent sur l’orthographe des mots « différend » et « courir » (écrits dans notre test avec une erreur « avoir un différent avec son voisin » et « il est parti courrir »). En moyenne, sur 8 questions, le nombre de bonnes réponses est de 6,1.
    Les Français ne semblent pas être complètement éloignés de leur perception de leur niveau d’orthographe même si certains le dévaluent ou le surévaluent. Ceux déclarant avoir un mauvais niveau d’orthographe sont plus nombreux à n’avoir donné qu’entre 0 et 4 bonnes réponses sur 8 (40% contre 14% en moyenne) alors que ceux se déclarant meilleurs ont commis moins d’erreur (89% ont donné 5 à 8 réponses justes contre 86% en moyenne) mais seuls 20% contre 18% en moyenne n’ont fait aucune erreur en répondant à ce quizz sans aucune erreur.

    Concernant les profils, les hommes, qui se déclaraient moins bons que les femmes en orthographe ont effectivement donné moins de bonnes réponses que ces dernières, de même que les personnes avec un niveau de diplôme inférieur au Bac comparés à ceux avec un niveau supérieur à Bac+2.

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  • Les Français et particulièrement les femmes se déclarent sensibles au bon respect de l’orthographe lorsqu’ils écrivent ou lisent quelque chose.

    Lorsque l’on porte l’attention plus particulièrement à leur écriture, les Français déclarent être sensibles au bon respect des règles d’orthographe.

    97% déclarent être sensibles à ce bon respect lorsqu’ils écrivent quelque chose (dont 69% très sensibles) contre 3% qui expriment le contraire. Les Français indiquent également être attentifs à l’orthographe de ce qu’ils lisent (95%), 60% s’y disent même très sensibles contre seulement 5% qui mentionnent ne pas l’être.

    Les personnes déclarant avoir un bon niveau d’orthographe se montrent d’autant plus sensibles à l’orthographe en écrivant (74% contre 69%), de même que les femmes et les personnes ayant obtenu un diplôme équivalant à un niveau supérieur à Bac +2. Il s’agit là de deux catégories de population se déclarant également davantage bonnes en orthographe et ayant mieux réussi le quizz. La même logique s’observe sur l’orthographe des éléments qu’ils lisent. (69% pour les femmes et les niveaux de diplôme supérieur à Bac+2 contre 60% en moyenne).

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  • Majoritairement, l’orthographe n’est pas identifiée par les Français comme une source importante de problèmes, même si plus d’1/3 des Français mentionnent que cela les a déjà mis en difficulté au cours de leur scolarité.

    Pour 37% des Français, l’orthographe a pu être un problème au cours de leur scolarité (dont 12% de « oui tout à fait »). Ceux indiquant avoir été le plus gênés par l’orthographe à ce niveau sont les personnes déclarant avoir un mauvais niveau d’orthographe (84%), les hommes (45%), les ouvriers (70%) et ceux ayant un niveau de diplôme inférieur au Bac (52%). 22% déclarent que l’orthographe est ou a déjà été une difficulté dans le cadre de leur profession et 16% dans celui de leurs recherches d’emploi. L’orthographe n’est donc pas identifiée comme une source majeure de difficultés sur l’ensemble de la population même si elle en reste une, non négligeable, pour les profils de personnes estimant ne pas avoir un bon niveau d’orthographe (hommes, niveau de diplôme inférieur au Bac, membres des catégories populaires.)

     

    A noter que dans le domaine professionnel, les cadres et professions libérales semblent être soumis à une pression plus importante concernant l’orthographe, alors même que d’après notre quizz ils ont une plutôt bonne connaissance des règles d’orthographe et qu’ils déclarent avoir un bon niveau : il s’agit des populations mentionnant plus que la moyenne être ou avoir déjà été mis en difficulté dans le cadre professionnel sur ce sujet.

     

    L’orthographe, peut donc encore, être à certains égards discriminant, notamment pour ceux ne se sentant pas à l’aise avec l’application de ses règles.

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  • II) Les Français et la réforme de l’orthographe

  • La réforme de l’orthographe n’est pas plébiscitée, loin s’en faut, par l’ensemble des Français.

    82% des Français estiment que la réforme de l’orthographe est une mauvaise chose dont 44% une très mauvaise chose. Les personnes les plus défavorables à cette réforme sont les femmes (85%), les personnes avec un ou plusieurs enfant(s) (86%) et les sympathisants de Droite et du Centre (88%). 18% la présentent néanmoins que comme une bonne chose. Les sympathisants de Gauche (28%) et les jeunes (18-24 ans, 27%) se montrent plus favorables à la réforme. Les personnes déclarant avoir un mauvais niveau d’orthographe déclarent également davantage que la réforme est une bonne chose (31%).

    Appelés à s’exprimer sous forme de question ouverte sur le jugement qu’ils portent sur la réforme, les personnes ayant déclaré qu’il s’agit d’une mauvaise chose mettent en avant la « perte de l’héritage français », un « nivellement par le bas » et une « difficulté supplémentaire » à la fois pour les élèves et pour les personnes ayant appris les anciennes règles d’orthographe.

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    A l’inverse, les personnes estimant que la réforme est une bonne chose estiment que la langue française est une langue vivante qui doit savoir évoluer avec le temps. De plus, ils estiment que cette réforme va permettre de simplifier les règles d’orthographe, ce qui rendra leur apprentissage plus aisé pour les élèves et les personnes ayant des difficultés avec la langue française. Ils jugent également que les règles et les exceptions sont compliquées et que la réforme est nécessaire pour les simplifier.

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  • Seuls 21% des Français déclarent avoir l’intention d’appliquer les règles de la réforme d’orthographe.

    La réforme de l’orthographe de 1990, comporte différentes règles ayant un impact sur la langue française, l’accent circonflexe ne sera plus obligatoire pour certains mots ; d’autres mots voient leur orthographe simplifiée par exemples oignons-ognons, nénuphar-nénufar et les mots composés pourront parfois s’écrire en un seul mot sans tiret. 21% des Français ont l’intention d’appliquer les nouvelles règles de cette réforme dont 4% de façon intégrale et 17% en partie. Les personnes estimant avoir un mauvais niveau d’orthographe sont davantage prêtes à les appliquer (38%). 79% des Français ne sont donc pas prêts à appliquer ces nouvelles règles. Les personnes avec un bon niveau d’orthographe déclaré le sont moindrement (81% déclarent ne pas avoir l’intention de l’appliquer) ainsi que ceux qui jugent négativement la réforme (90%) et les femmes (82%).

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  • Pour les Français, l’orthographe engendre des inégalités mais la réforme de l’orthographe va créer une confusion pour les élèves et représente une perte de la culture française

    Soumis à différentes affirmations concernant l’orthographe et la réforme, les Français estiment majoritairement que « la double orthographe de certains mots va créer la confusion dans l’esprit des élèves » (85% sont d’accord avec ce constat, dont 59% tout fait d’accord). Les Français prétendent également que « l’application de la réforme orthographique est une perte de la culture française et de son héritage » (79% sont d’accord avec cette affirmation dont 55% de tout à fait d’accord). Malgré ses avis négatifs relatifs à la réforme, les Français estiment néanmoins que « l’orthographe crée des inégalités entre les personnes connaissant bien les règles et celles faisant de nombreuses fautes d’orthographe » (61% des personnes déclarent être d’accord dont 19% tout à fait d’accord).

    Pour plus d’1/3 des Français (35%), « le débat autour de l’orthographe n’a pas beaucoup d’importance », 65% jugent néanmoins le débat important. Conformément à leur mauvaise opinion sur la réforme et leur volonté de ne pas appliquer la réforme, les propositions positives à l’égard de la réforme rencontre un moindre succès auprès des Français. Seuls 31% sont d’accord pour considérer que « la réforme permet de simplifier l’orthographe et de le rendre plus accessible », 25% sur le fait qu’elle va permettre de « moderniser la langue française » et 21% estiment que «  le respect des règles d’orthographe est une réelle contrainte dans [leur] vie quotidienne. ». Les personnes déclarant avoir un mauvais niveau d’orthographe se montrent néanmoins plus clémentes à l’égard de la réforme, répondant davantage être d’accord avec les affirmations positives à son égard.

    Sur ces différentes affirmations, des différences émergent selon la sympathie partisane, les sympathisants de Gauche estimant d’avantage que l’orthographe crée des inégalités (69% contre 61% en moyenne) et que la réforme permet de simplifier l’orthographe et de le rendre plus accessible (44% contre 31%) tandis que les sympathisants du Front National estiment davantage que la réforme est une perte de la culture française et de son héritage (92% contre 79%).

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