Le regard des Français sur le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales

Enquête Harris Interactive pour La Lettre Citoyenne

Enquête réalisée par téléphone du 26 septembre au 3 octobre 2018. Échantillon de 1 010 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

 

Depuis plus de vingt ans, La Lettre de la Citoyenneté publie une enquête barométrique pour suivre dans le temps le regard des Français concernant le droit de vote des étrangers résidant en France pour les élections locales et européennes. Dans son état actuel, la loi ouvre aux ressortissants de l’Union Européenne le droit de vote aux élections municipales et européennes se déroulant en France, mais cela ne concerne pas les résidents étrangers issus de pays n’appartenant pas à l’Union Européenne.

 

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La vague 2017 du baromètre avait été réalisée quelques mois après le second tour de l’élection présidentielle, qui avait opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Depuis 12 mois, la thématique migratoire a surtout été évoquée par le biais des embarcations tentant de traverser la Méditerranée, régulièrement secourues par les autorités européennes et par des organisations humanitaires. Mais cet enjeu a également été mis sur le devant de la scène politique à droite comme à gauche : par le Ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, mais aussi par les débats internes à la formation politique Die Linke en Allemagne, comme à La France Insoumise en France

 

Que retenir de cette enquête ?

 

  • Une fois informés que les étrangers des pays de l’Union Européenne résidant en France ont le droit de vote aux élections municipales et européennes, 58% des Français se déclarent favorables à l’extension de ce droit aux étrangers non-membres de l’Union Européenne vivant dans le pays.

 

  • Ce chiffre reflète une nouvelle hausse (+2 points) par rapport à la dernière mesure réalisée en 2017, poursuivant la dynamique observée depuis 2015, approchant désormais le niveau historique atteint en 2011. Pour rappel, celui-ci était de 59% de Français favorables, soit la proportion la plus élevée recueillie depuis le début de ce baromètre en 1994.

 

  • Symétriquement, les Français n’ont presque jamais été aussi peu nombreux à être défavorables au droit de vote des étrangers (39%, -8 points par rapport à 2015).

 

  • Dans le détail, le soutien à l’extension du droit de vote des résidents étrangers aux élections locales progresse particulièrement parmi les personnes âgées entre 35 et 64 ans, même si ce sont toujours les profils les plus jeunes qui s’y montrent le plus favorables.

 

Dans le détail :

 

58% des Français se déclarent favorables à l’extension du droit de vote aux élections municipales et européennes aux étrangers non-européens vivant sur le territoire français

 

58% des Français indiquent être favorables à ce que le droit de vote aux élections municipales et européennes ne concerne plus seulement les étrangers des pays de l’Union Européenne résidant en France mais soit étendu à l’ensemble des résidents étrangers, y compris ceux issus de pays non-membres de l’Union Européenne. 18% y sont même très favorables et 40% assez favorables. À l’inverse, 39% se montrent opposés à cette proposition, dont 17% tout à fait opposés et 22% assez opposés.

 

Cette mesure marque donc une nouvelle hausse par rapport à la dernière enquête réalisée en 2017 (56% de Français favorables), permettant d’approcher le niveau de soutien record enregistré en 2011 (59% favorables). Rappelons qu’au début de ce baromètre, moins d’un tiers des Français (32% en 1994) déclarait être favorable à cette idée. Peu à peu, cette proposition a progressé jusqu’à devenir majoritaire en 1999 (52%). Toutefois, elle avait échoué à recueillir le soutien de plus d’une majorité de Français à deux reprises, la première fois à la suite des attentats du 11 septembre 2001 (40%), la seconde fois entre 2004 et 2005 (45% de Français favorables).

 

La mesure de 2011 avait marqué un pic de la courbe, près de six personnes sur dix (59%) se déclarant favorables à cette hypothèse, dans un contexte marqué à la fois par une situation économique fragile et la mise à l’agenda de ce projet par le Parti socialiste. Au début du quinquennat de François Hollande, qui s’était engagé sur ce projet dans le cadre de sa campagne électorale, le soutien des Français à cette mesure a d’abord reculé, en 2013 (-5 points) puis en 2014 (-7 points), avant d’amorcer un rebond en 2015 (+3 points), confirmé en 2016 (+4 points) puis en 2017 (+2 points). La vague de 2018 poursuit donc cette dynamique.

 

Dans le détail, en dépit d’un léger recul du soutien à l’extension du droit de vote des résidents étrangers parmi les 18-24 ans (-3 points), ce sont toujours les personnes issues de cette tranche d’âge qui s’y montrent le plus favorables (70%). L’adhésion progresse également chez les personnes d’âge intermédiaires, à la fois chez les 35-49 ans (+6 points) et chez les 50-64 ans (+10 points). De leur côté, les personnes âgées de 65 ans et plus restent nettement en retrait (45%, -4 points par rapport à 2017). Comme depuis 2 ans, on constate également une progression de l’adhésion parmi les catégories populaires, qui expriment désormais un jugement plus favorable encore que les catégories supérieures (respectivement 62% et 58%).

 

Sur le plan politique, l’adhésion reste particulièrement marquée mais toutefois en léger recul parmi les sympathisants de la France Insoumise ou du PCF (73%, -3 points). Les personnes se sentant proches de La République En Marche sont 65% à s’y déclarer favorables (+5 points). Si elle reste minoritaire, l’adhésion progresse également chez les sympathisants Les Républicains (39%, +3 points) et Rassemblement National (32%, +3). Enfin, le pourcentage de Français favorables croît particulièrement chez les personnes sans préférence partisane (54%, +14 points) : cela semble surtout lié à l’évolution de la structure de cette population, de plus en plus composée de répondants qui se seraient déclarés proches de La République en Marche l’an dernier, mais qui ne se reconnaissent plus aujourd’hui dans la formation politique majoritaire.

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